Le rameau, la palme et la couronne : les végétaux glorieux…

Putto assis sur un globe symbolisant le monde et tenant la palme de la paix.

Putto assis sur un globe symbolisant
le monde et tenant la palme de la paix.



Introduction


En peinture, l’élément végétal sert souvent de symbole, de métaphore afin de véhiculer un message.
Il n’est pas rare de voir des portraits de personnages ayant marqué l’histoire avec une plante, une fleur afin de véhiculer un message implicite, dont le sens ne serait dévoilé qu’à ceux qui comprennent les codes iconographiques cachés de la peinture.





L’un des exemples les plus frappant de cette utilisation du végétal dans le portrait en guise de métaphore est l’estampe représentant Richelieu ôtant une chenille d’une Fleur de Lys. Richelieu, une pelle dans la main droite, une pince dans la main gauche, revêt le rôle de jardinier.
Vêtu de sa pourpre et de sa coiffe pentagonale, il retire une chenille de la plante avec sa pince, chenille représentant l’hérésie et la rébellion combattue par l’absolutisme de droit divin. Le lion et l’aigle enchaînés représentent respectivement l’Espagne et le Saint Empire romain germanique.

lJean Ganière. Richelieu ôtant une chenille d'une fleur de lys. Estampe. Vers 1637-1638. Paris, Bibliothèque nationale de France. Putto assis sur un globe symbolisant le monde et tenant la palme de la paix.

Jean Ganière. Richelieu ôtant une chenille
d’une fleur de lys. Estampe. Vers 1637-1638.
Paris, Bibliothèque nationale de France.
Putto assis sur un globe symbolisant le monde et tenant la palme de la paix.



Dans le présent article, je vais me concentrer sur un traitement particulier du portrait dit de cour, celui représentant les souverains avec un rameau, ou se faisant couronner de laurier. Ce genre de portrait est à mettre à part puisqu’il constitue une catégorie visant à idéaliser le modèle, à façonner une image méliorative d’un roi, d’un empereur, d’une reine, d’une princesse. Ce genre de portrait est très répandu du XVIe siècle, jusqu’au XIXe siècle, du simple portrait en pied, aux scènes d’apothéoses, en passant par les représentations de mariages royaux. Nous verrons dans la présente étude, à partir de quelques exemples, la diversité de l’utilisation de l’élément végétal pour se construire une « réputation iconographique ».
La figure du roi « dispensateur de paix ».

Anonyme (Seconde École de Fontainebleau). Henri IV s'appuyant sur la Religion pour donner la Paix à la France. Vers 1590. Huile sur bois. 0.33m x 0.26m. Musée national du château de Pau.

Anonyme (Seconde École de Fontainebleau). Henri IV
s’appuyant sur la Religion pour donner la Paix à la
France. Vers 1590. Huile sur bois. 0.33m x 0.26m. Musée national du château de Pau.



Ce tableau intitulé Henri IV s’appuyant sur la Religion pour donner la Paix à la France nous présente un jeune Henri IV s’appuyant sur une femme. Cette figure féminine est en fait une allégorie de la religion. Assise en majesté elle porte sur ses genoux un livre, sûrement un livre de foi témoignant de sa piété. Telle une allégorie, elle tient dans ses mains des attributs : un crucifix dans la main droite ainsi qu’un calice surmonté d’une hostie dans la main gauche. Le jeune Henri IV situé au milieu de la scène, porte une armure à la romaine et un manteau fleurdelisé, témoignant de ce que j’appellerai une « hybridation » des références au pouvoir. Fixant le regard du spectateur et en appui sur sa jambe droite (la seule visible) il tient un rameau verdoyant dans la main droite.
Ce rameau est tenu délicatement entre le pouce et l’index, comme il était d’usage selon les codes iconographiques de la peinture du XVIe siècle. Le rameau est une branche d’olivier symbole de paix.
Ce tableau a été daté d’environ 1590, en raison des traits physiques du roi. En effet il existe très peu de portraits de jeunesse du souverain. L’auteur anonyme aurait pris comme modèle, la représentation du prince de Navarre à la Rochelle en 1587 par François II Bunel. Ses traits sont tirés, il semble fatigué, avoir le visage émacié. L’épée au dessus du ciel, pointée vers les Cieux, peut symboliser que son armée est au service de la Religion et de Dieu. Mais on pourrait aussi la voir comme une épée de Damoclès, le roi étant tiraillé dans la gestion des deux doctrines, catholique et protestante, dont l’affrontement menace la sérénité de la France.

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Cette composition s’établit en deux plans : une partie aérienne où plusieurs putti portent les éléments guerriers d’Henri IV (jambière, casque, plastron, épée). On remarquera au passage que le bouclier est estoffé d’une tête de Méduse, comme il est commun d’en voir sur le bouclier de la déesse Minerve dans ses représentations à la Renaissance. Ensuite il y a une partie terrestre, avec la femme révérencieuse représentant la France et l’allégorie de la foi comme nous l’avons dit, dans laquelle les historiens de l’art retrouvent les traits de Gabrielle d’Estrées. Comme elle ne tient ni le Décalogue, ni un coeur, on a voulu voir dans cette figure allégorique, le protestantisme. Les attributs de cette allégorie, notamment le calice, auraient été ajoutés postérieurement à la peinture des personnages. L’étude scientifique du tableau, a montré que le calice est composé d’ajouts ultérieurs de feuilles d’or.
Ce portrait veut montrer Henri IV en pacificateur, œuvrant à la reconquête d’un royaume déchiré. Le rameau qu’il tient, symbole de paix donc, rappelle aussi Pallas dont c’était l’attribut. L’olivier était très vanté par les poètes de la Renaissance, notamment par Du Bellay dans le premier sonnet de L’olive (1549) où il chante Minerve et l’intelligence et écrit à propos de l’olivier d’Athènes :

« Encores moins veulx-je que l’on me donne
Le mol rameau en Cypre decoré :
Celuy qui est d’Athenes honoré,
Seul je le veulx, et le ciel me l’ordonne
O tige heureux, que la sage Déesse
En sa tutelle, et garde a voulu prendre,
Pour faire honneur à son sacré autel ! »

Par ce tableau, Henri IV devient lui-même la figure allégorique de la Concorde. C’est une Minerve au masculin qui est à l’oeuvre.

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Ce tableau me fait penser à une enluminure médiévale, représentant la soumission de Richard Cœur de Lion face à Léopold d’Autriche. On peut notamment y voir Léopold trônant avec en main, ce qui ressemble fort à un sceptre végétal. Peut-être que ce type de représentation des empereurs issue des manuscrits du Moyen Âge a influencé les tableaux de la Renaissance montrant des souverains tenant un rameau ?

Richard déguisé est capturé par Léopold d'Autriche, 1194, cod. 120 II, f. 129r. Bibliothèque de la Bourgeoisie, Berne.

Richard déguisé est capturé par Léopold
d’Autriche, 1194, cod. 120 II, f. 129r.
Bibliothèque de la Bourgeoisie, Berne.


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