Du 15 mars au 30 juin 2008, le Grand-Palais à Paris a proposé une très intéressante exposition consacrée à la reine Marie-Antoinette.
Une ambiance étrange
Curieusement, le visiteur suit le drame qui s’y joue, on pourrait presque dire qu’il le ressent, qu’il en fait partie.
C’est d’ailleurs, me semble-t-il, une excellente idée de faire « mettre en scène » une exposition, en l’occurrence par le metteur en scène d’opéras, Robert Carsen.
On peut d’ailleurs penser que les expos de l’avenir seront toutes « mises en scène ».
Une exposition doit en effet être autre chose qu’une accumulation d’objets hétéroclites, sans véritable chronologie et se doit d’être claire dans ses objectifs. Mais c’est une autre histoire…
Un ordre chronologique.
L’exposition commence par la fête, les fêtes, l’enfance à Schönbrunn, joyeuse et protégée.
Puis c’est presque immédiatement l’ascension, le mariage avec le futur roi Louis XVI à 14 ans…
Les honneurs, les cadeaux et puis l’oisiveté. On ne tient pas à ce que Marie-Antoinette fasse de la politique…
Marie Antoinette n’aime pas cette cour guindée, l’étiquette, le protocole.
On la surveille, on la guette… D’autant plus qu’elle se cache au Petit Trianon (donc elle doit avoir quelque chose à cacher, c’est du moins ce qu’on essaye de faire croire au bon peuple). Elle y organise des fêtes, joue elle-même dans des pièces de théâtre devant ses domestiques (car ce serait un scandale que de le faire devant la cour…).
Elle est d’abord aimée des français, puis c’est le désamour et elle devient « Madame Déficit ».
La toile ci-dessous a été réalisée en 1789 par Vigée-Lebrun pour montrer au monde la reine en bonne mère de famille…
On l’accuse bientôt de tous les maux, on la fait tomber dans une sombre histoire dont elle est victime, l’affaire dite « du collier ».
Et puis on dit les pires choses sur elle et son mari, le roi Louis XVI. Les caricatures immondes fleurissent.
Marie-Antoinette est traînée dans la boue…
La dernière salle est à peine éclairée. Elle est comme un long couloir qui mène à la mort.
On y voit la chemise qu’elle portait à la prison du temple, le mobilier très sommaire.
Un magnifique portrait d’elle inachevé (et malheureusement non disponible), un pastel d’Aleksander Kucharski, son dernier peintre attitré, sans doute le plus beau portrait d’elle, le plus humain. On y voit enfin un regard vrai.
Elle écrit à Fersen le 22 Juin 1792 :
« J’existe encore, mais la journée du 20 a été affreuse. Ce n’est plus à moi qu’on en veut le plus, c’est à la vie même de mon mari. Ils ne s’en cachent plus… »
L’exposition se termine, dans le silence du public (au début les gens parlent, puis le ton baisse, ils chuchotent et, à la fin, ils se taisent ! ) par le triste portrait de David, griffonné « vite fait » pendant qu’elle passait sous sa fenêtre dans la charrette qui l’amenait à l’échafaud.
C’est donc évidemment une exposition à voir absolument, une grande réussite !
Pour ceux qui aiment la peinture et pour terminer sur une note moins triste, ce sera notamment l’occasion d’admirer la formidable technique d’Elisabeth Vigée Lebrun, dont on voit un exemple particulièrement frappant dans le portrait qu’elle réalisa de la meilleure amie de Marie-Antoinette, la duchesse de Polignac (ici un détail). On est là dans la perfection de la peinture et du portrait.

