Lettres à son mari 14 janvier 1918 – 3 décembre 1940 – De la Chine à l’Inde en passant par le Tibet.
Ceci n’est pas l’un des nombreux ouvrages ou articles écrits par l’auteur, mais une grande partie de sa correspondance à son mari, celui qu’elle appelait son « bien cher Mouchy ».
On apprend à connaître certes l’exploratrice, la savante, la religieuse à travers ce courrier, mais surtout la femme. La femme à l’esprit aventurier, étonnante par sa volonté de fer, sa résistance physique et morale, sa culture, son adaptabilité à des situations extraordinaires.
Difficile cependant de la trouver sympathique : dure pour elle même, elle est dure pour les autres : si rien ne lui fait peur, les autres doivent suivre.
Elle apparaît souvent égoïste, mais est capable d’autocritique. En particulier envers Aphur « son gamin » comme elle dit, et qu’elle n’abandonnera jamais, au point de l’adopter.
Parfois velléitaire, elle commande à distance son mari resté à Tunis. Celui-ci la soutient financièrement ce qui empêche de voir en elle une vraie féministe, dépendante qu’elle est de lui.
Elle pense d’ailleurs pouvoir le retrouver des années après ses voyages, et s’installer à nouveau avec lui, en compagnie du fils qu’elle a adopté et qui a partagé ses voyages. Mais non, Philippe Néel ne veut plus de cette encombrante épouse.
Pourtant ces deux-là restent liés par ce qui est devenu une solide amitié et une relation épistolaire.
Voici ce qu’elle disait des voyages en 1918 :
« On ne mange pas toujours bien, on ne dort pas toujours bien ; il faut parfois endurer la poussière ou la chaleur, ou la pluie, ou le froid ; les gîtes manquent de confort. Rien de tragique là-dedans. Et les kilomètres défilent, on laisse derrière soit des villes, des rivières, des montagnes et, après tout, on continue à marcher sur la terre et sur ses deux jambes…C’est bien facile. »
Elle allait traverser la Chine jusqu’au Tibet, dont une grande partie à pied, parfois malade, sans argent, sans chaussures ni vêtement capable de la protéger du froid, au milieu de bandits, puis de la guerre…
Alexandra David-Néel est morte à l’âge de 101 ans.
