Dorothy Allison, le grand roman américain contemporain

Dorothy Allison, monument de la littérature américaine contemporaine, nous entraîne , avec ses romans, dans son univers sensible, fait de drames, tragique, mais paradoxalement aussi, poétique et doux.

Dorothy Allison est née le 11/4/1949

Elle suit des études d’anthropologie et rencontre des groupes féministes.

Elle fait d’abord du journalisme, écrit des poèmes et publie son premier roman, “l’histoire de Bone” en 1992

“L’histoire de Bone” (Bastard Out of Carolina)

Roman autobiographique

C’est l’histoire d’une petite fille (au début du roman elle a une dizaine d’années et on la suit jusqu’à 13 ans) qui n’a vraiment pas de chance, une sorte d’Oliver Twist en jupons.

Elle est née de père inconnu.

Du côté de sa mère, c’est une famille nombreuse et pauvre de Caroline du Sud, elle a des tas d’oncles et de tantes, de cousins et de cousines. Ce sont tous des gens simples et parfois même assez frustres, mais qui se serrent les coudes, dans la mesure du possible…

Un jour sa mère se marie et il nait une deuxième petite fille. Puis, ce beau-père meurt et arrive alors le monstre, un nouveau beau-père qui aimera sa mère, mais qui martyrisera et violera Bone…

Elle est pleine de rancoeur, mais finalement elle ne sait pas vraiment pourquoi. Elle voudrait être aimée de son bourreau, mais c’est impossible et elle ne comprend pas.

A un moment, elle se tourne vers la religion et il y a là de très beaux passages. Par exemple, page 205 de la collection 10/18, elle est en présence de l’un de ses oncles, Earle, ivrogne et athée, mais généreux et qui essaie de lui démontrer que les croyants sont finalement des naïfs ou des hypocrites. Et voilà la réaction de Bone :

” J’ai posé la main sur l’avant-bras d’Earle et, avec une sensation de vertige, j’ai constaté à quel point sa peau était tendue et chaude, comme si chaque muscle de son corps repoussait Dieu. Si je n’avais pas été aussi certaine qu’il ne pouvait s’attendre qu’aux tourments de l’enfer et à la damnation, j’aurais mis un point d’honneur à réfléchir au défi qu’Earle représentait pour la patience de Dieu. Je me contentais donc de me dire que ce serait merveilleux quand il entendrait finalement Dieu parler par ma voix et sentirait Jésus arriver dans sa vie.”

Retour à Cayro (Cavedweller )

                 Retour à Cairo

Dorothy Allison transcende la souffrance, elle en fait quelque chose de simple et beau. C’est de la poésie pure, comme dans la phrase ci-dessous dont il faut un peu expliquer le contexte.

Ce roman semble être la suite de Bone. Il serait cependant moins autobiographique.

Delia, le personnage central du roman, est revenue après une très longue absence pour reprendre ses deux filles à un mari violent et refaire sa vie dans la ville qui l’a vu naître.

Pour ce faire, elle a traversé toute l’Amérique, de la Californie à la Caroline du Sud dans une vieille voiture déglinguée, accompagnée de sa dernière fille, Cissy, dont le père est un chanteur de rock qui vient de décéder dans un accident de moto.

Elle fait alors face à l’hostilité d’une grande partie de la population de sa ville natale, de son ex belle-mère qui élève ses filles, et de ses propres filles qui ont entendu parler de leur mère dans des termes épouvantables.

Curieusement, son ex mari, qu’un cancer a rendu plus calme, sachant qu’il va mourir, demande à sa femme et à ses filles de venir habiter avec lui jusqu’à sa mort en échange d’un testament lui donnant la garde de ses filles et la maison.

Un bel extrait page 140 (elle s’adresse à Amanda, 16 ans, l’aînée, très aigrie, élevée par sa grand mère paternelle dans une religion austère et triste et à Dede est plus jeune d’environ deux ans).

– Je sais que vous n’avez pas envie d’être ici. Quand vous serez majeures, vous pourrez partir. A dix-huit ans, vous pourrez aller où vous voudrez. Ça ne va plus être très long, Amanda. Deux ans, c’est rien du tout. Et le temps viendra où vous verrez à quel point je vous aime.

Amanda gardait les yeux fixés sur Delia.

– Moi, je ne t’aime pas. Je me fiche pas mal de toi, dit-elle tandis que Dede l’approuvait d’un signe de tête presque imperceptible. Tu n’es rien pour moi.

Delia rougit mais ne cilla pas.

– Et vous, vous êtes tout pour moi. Tout. Toutes les deux.

le 30 janvier 2009
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