Monet au Grand-Palais

Monet le Grand

Claude Monet (1840 – 1926) 22 septembre 2010 – 24 janvier 2011 Galeries nationales, Grand Palais

« On connait tout, pas la peine d’y aller ! »

Voilà, c’est Monet. On connait, mais à chaque fois on ne peut s’empêcher d’être ému devant tant de beauté (excusez moi pour ce mot qui semble devenu démodé) !

En plus, on connait, mais pas vraiment : il y a là près de 200 toiles qui ne sont pas toutes en France, loin de là !

Et ne tombons pas dans l’erreur qui consisterait à se dire « on connait tout, pas la peine d’y aller ! »…

Car en plus des toiles connues, il y a les variantes et, bien sûr des toiles pas connues du tout (ou peu connues) et qui viennent de l’étranger mais aussi de collections particulières.

Devant certaines, il faudrait s’arrêter des heures pour les admirer.

Par exemple, dans le parlement de Londres ci-dessous, si l’on s’approche du tableau près, on verra que les couleurs qui donnent le soleil sur l’eau ne sont pas un vague orangé, mais bien des roses, de l’ocre jaune, du bleu, de l’ocre rouge, toutes ces couleurs appliquées sur la toile en virgules impressionnistes (voir ci-dessous) !

Le Parlement, effet de soleil
1903 huile sur toile, 81 x 92 cm Brooklyn Museum of Art, Bequest of Grace Underwood Barton © Brooklyn Museum of Art, USA

Le Parlement, effet de soleil, détail

La RMN a bien fait les choses et ça n’était pas si évident que ça ; un classement à la fois thématique et chronologique :

D’abord, au premier étage, Fontainebleau, la Normandie, Bougival, Argenteuil, Vétheuil et Paris, puis les côtes normandes, Belle-Ile (« l’océan c’est autre chose… »)

Ensuite, la Creuse et la Méditerranée (il y était avec Renoir et ça ressemble à du Renoir et c’est dommage), les grands panneaux du « Déjeuner sur l’herbe », les natures mortes et les portraits avec la magnifique « Capeline rouge » qui se trouve à Cleveland aux États-Unis.

La Capeline rouge, portrait de Madame Monet
1873 huile sur toile, 99 x 79,8 The Cleveland Museum of Art, Etats-Unis © The Cleveland Museum of Art

Du gris envahi la toile, et les rideaux s’entrouvrent sur Madame Monet avec la neige qui tombe, tout ce gris faisant d’autant mieux ressortir sa capeline rouge vermillon. Elle regarde le peintre à l’intérieur.

Viennent ensuite, au rez-de-chaussée, les meules et les cathédrales, les toiles de Londres, Venise, et enfin les nymphéas (à mi-chemin entre la décoration et la peinture) dont il disait « à qui l’habitera, cette pièce offrira l’asile d’une méditation paisible au centre d’un aquarium fleuri » (il parlait d’une pièce recouverte des nymphéas sur tous les murs).

La maîtrise du dessin et de la couleur

On voit très bien dans « les déchargeurs de charbon » par exemple, scène typique du XIXème siècle, le grand dessinateur qu’était Monet.

Mais on voit aussi sa maîtrise de la couleur. Presque gris, le tableau semble très coloré :

Les déchargeurs de charbon
1875 huile sur toile, 55 x 66 cm Musée d’Orsay, Paris © service presse Rmn / Jean-Gilles Berizzi

Quant à la gare Saint-Lazare qu’il a peint sous toutes les coutures, on remarquera que sur une toile à peine apprêtée, il exécute magistralement un dessin rapide et enlevé sur lequel il appliquera des couleurs folles, notamment pour la fumée !

La gare Saint-Lazare à l’extérieur (le signal)
1877 huile sur toile, 65 x 81,5 cm Niedersächsisches Landesmuseum, Hanovre © Niedersächsisches Landesmuseum, Hanover

Monet abstrait ?

On dit toujours que ses dernières toiles sont les plus « abstraites », ce qui est vrai puisque les formes disparaissent ou s’atténuent au profit de la couleur et qu’il peint les choses sous des angles inhabituels, mais la toile ci-dessous (peinte à l’âge de 33 ans) montre aussi une certaine abstraction, tant les formes sont vagues, on se demande presque ce qu’on voit !

Le Port du Havre, effet de nuit
1873 huile sur toile, 60 x 81 cm Collection particulière © droits réservés

Vous avez jusqu’au 24 janvier 2011 pour aller à cette grande exposition, à ne pas manquer !

Jean-Pierre Duvaleix, peintre


Claude Monet, courte biographie :

1840 : naissance à Paris (14 novembre) ; vers 1845, la famille Monet s’installe au Havre.

1856-1859 : succès comme caricaturiste au Havre. Peint avec Boudin.

1860 : à Paris, fréquente l’Académie Suisse où il rencontre Pissarro.

1861 : service militaire en Algérie.

1862-1863 : de retour au Havre, rencontre Jongkind ; à Paris, fréquente l’atelier de Gleyre où il se lie avec Bazille, Renoir et sans doute Sisley.

1865 : premier envoi au Salon.

1866 : succès au Salon avec Camille.

1867 : naissance de Jean, premier fils qu’il a avec sa compagne et son modèle, Camille Doncieux. Epousera Camille en 1870.

1869 : peint à la Grenouillère avec Renoir.

1870 : pendant la guerre franco-prussienne, se réfugie à Londres.

1871 : séjour en Hollande ; installation en décembre à Argenteuil.

1874 : première exposition impressionniste. Participera aux cinq des huit expositions du groupe.

1876 : décoration pour le collectionneur Ernest Hoschedé.

1878 : naissance de son second fils, Michel. La famille Monet partage une maison avec la famille Hoschedé à Vétheuil.

1879 : mort de Camille à l’âge de 32 ans (5 septembre).

1880 : retour au Salon avec Lavacourt et première exposition personnelle dans les locaux de La Vie moderne. Séjour sur la côte normande, où il peint tous les ans jusqu’en 1886.

1883 : s’installe à Giverny avec ses deux fils, Alice Hoschedé et ses six enfants. Épousera Alice en 1890.

1884 : travaille à Bordighera et Menton .

1886 : une quarantaine de ses oeuvres est exposée par Durand-Ruel à New York. Peint en Hollande, puis à Belle-Île-en-Mer.

1888 : travaille à Antibes et à Juan-les-Pins.

1889 : peint dans la vallée de la Creuse ; importante exposition Monet-Rodin à la galerie Georges Petit.

1890 : commence la série des Meules, qu’il expose en 1891. Suivent les séries des Peupliers (1892), puis des Cathédrales (1893-1895), Matinées sur la Seine (1896-1898).

1893 : creusement et début de l’aménagement du bassin des nymphéas à Giverny.

1899, 1900, 1901 : séjourne chaque année à Londres.

1902 : premiers achats de tableaux de Monet par des musées français (musée des Beaux-arts de Lyon et du Petit Palais à Paris).

1908 : peint à Venise.

1909 : triomphe avec « Les Nymphéas, Séries de paysages d’eau » à la galerie Durand-Ruel.

1911 : mort d’Alice (19 mai).

1914 : commence de grands tableaux des Nymphéas, qui l’occupent jusqu’à sa mort.

1922 : donation officielle des Nymphéas à l’État.

1923 : opération de la cataracte, après des troubles apparus dès 1908.

1926 : meurt à Giverny (5 décembre).

le 23 septembre 2010
Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés