Pierre Bonnard, l’oeuvre d’art, un arrêt du temps

L’exposition :

Le parcours compte environ 10 salles généralement spacieuses et qui peuvent accueillir de très grands tableaux, ce qui est souvent le cas pour Bonnard (on est en effet surpris dès le début par la taille impressionnante de certaines oeuvres, dont « le plaisir » (panneau décoratif) huile sur toile de 246 x 300 cm).

La première salle, plutôt petite, a pour thème « l’homme et la femme ». On peut y voir entre autre « le peignoir » de la période Nabis de Bonnard. Dans la deuxième salle, on trouve les « décorations », grands panneaux décoratifs (voir « le plaisir » cité ci-dessus). La troisième salle comprend la série des salles à manger et terrasses des années 1910-1930, en face (salle 4) les nus à la toilette des années 1910-1920. On trouve ses fameux « carnets » dans la cinquième salle, accompagnés de dessins et photos. Dans la sixième salle des intérieurs et natures mortes et dans la septième (qui est en fait une sorte de couloir, très intimiste) ses autoportraits. Dans la huitième, les salles à manger des années 30, dans la neuvième les nus dans la salle de bains (1924 à 1946) et dans la dixième et dernière ses paysages de Normandie et du Midi.

Agendas et tableaux

Bonnard joue de l’ombre et de la lumière, et même aussi de la couleur de l’ombre, de la vibration, du chatoiement des couleurs. Il reconstruit le réel à partir de ce qu’il a vu et non pas à partir de ce qu’il voit. Il se trouve ainsi à mi chemin de l’abstrait et du figuratif.

Ses fameux agendas sont exposés ici, dans lesquels il note scrupuleusement le temps qu’il fait (nuageux frais, pluie, beau nuageux, beau brumeux, etc.), entre un rendez vous chez le dentiste et une commande de charbon, et sur lesquels il dessine inlassablement, patiemment, tous les jours de l’année.

Les sujets des tableaux de Bonnard sont relativement limités.

D’abord Marthe, sa femme, omniprésente dans de nombreux tableaux, non seulement dans ses nus notamment la série des « baignoires », mais aussi dans de nombreux autres tableaux, dans un coin, discrète et effacée mais terriblement présente.

Ensuite ses intérieurs-extérieurs (avec la porte-fenêtre ouverte sur le jardin comme « salle à manger à la campagne »), des scènes de la vie (« la nappe aux carreaux rouges », magnifique dans la juxtaposition des carreaux rouges de la nappe et le gris des objets posés sur la table et du fond du tableau), de l’extérieur-extérieur, « la sieste au jardin », « paysage normand », un magnifique « escalier dans le jardin »

Ici était une photo de tableau, retirée à la fin de l’exposition (droits d’auteur).

Cette exposition présente aussi de belles natures mortes (« le compotier », « nature morte au chat ».

Enfin ses extraordinaires autoportraits, particulièrement audacieux et sans complaisance et qui montrent un Bonnard inattendu et plus agressif (voir l’ « autoportrait à la barbe » et « le boxeur »).

Le dernier tableau

Son dernier tableau, « l’amandier en fleur » est comme un ultime hommage à la vie. Commencé en 1945 et terminé quelques jours avant sa mort en 1947.

Voulant y donner d’ultimes retouches et n’en ayant plus la force, il demande à Charles Terrasse, son neveu, de recouvrir de jaune le bas gauche du tableau (vert à l’origine). Le neveu s’exécute, recouvrant partiellement la signature de Bonnard…

Bonnard, l’audace

Bonnard cherche inlassablement, régulièrement, avec patience, comme il peint. Et il note tout. Il y a dans ses carnets beaucoup d’enseignements précieux sur la peinture.

Bonnard est l’homme de toutes les audaces. Dans « l’amandier en fleur » par exemple, il ose peindre les branches et le tronc de l’arbre avec du noir pur très dilué et les fleurs avec du blanc pur également, ce qui va à l’encontre de tout ce qu’on enseigne dans les écoles de peintures « figuratives ».

Le noir et le blanc purs figurent également dans de nombreuses autres toiles, cohabitant avec de l’orange, du violet du vert, dans une étrange harmonie. Il dit d’ailleurs dans ses notes, véritable cours de peinture, « Il faut rendre possible les couleurs fortes dans la lumière par le noir et le blanc voisin. »

L’homme Bonnard

Bonnard est un homme discret, timide même. Il n’aime pas beaucoup la compagnie et à tendance à se plaire dans un univers qu’il a choisi, que ce soit à Vernon en Normandie ou au Cannet dans le midi, deux maisons aux pièces très petites qui sont comme des nids pour lui.

Quelques notes de Bonnard

-  L’acte de peindre (et de dessiner) exige une telle obéissance qu’il devient hypnose, qu’il nous arrache de notre personne au point que le temps et le monde qui nous entoure n’existent plus

-  Le tableau est une idée (..) mais cette idée initiale tend à s’évanouir devant la vision du modèle réel qui, malheureusement, envahit et domine le peintre. Quand cela arrive, l’artiste ne réalise ne réalise pas “son” tableau.

-  La beauté, c’est la satisfaction de la vision.

-  Ce serait trop facile de se mettre devant un paysage, de l’observer et de le transposer simplement sur la toile. Il faut encore songer au lieu où les toiles seront ensuite regardées.

-  Il y a une formule qui convient parfaitement à la peinture : beaucoup de petits mensonges pour une grande vérité.

-  Travailler en raisonnant. Juger sans raisonner.

-  On parle toujours de la soumission devant la nature. Il y a aussi la soumission devant le tableau

-  La ressemblance est un moyen et non pas une fin

-  Mes premiers tableaux ont été faits avec plus d’instinct, les autres avec plus de science, peut-être. L’instinct qui supplée à la science peut quelquefois être supérieur à la science qui supplée à l’instinct


Encore bravo au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris pour cette belle exposition.

Cette exposition fut présentée du 2 Février au 7 Mai 2006 au MAM de la ville de paris

le 2 mars 2006

Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés