Van Gogh au musée d’Orsay + Artaud

Van Gogh / Artaud – Le suicidé de la société

11 mars – 6 juillet 2014

Vincent Van Gogh (1853-1890) Roses et Anémones, Auvers-sur-Oise, juin 1890 Huile sur toile, 51,7 x 52 cm Paris, Musée d'Orsay, don de Paul Gachet fils © Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Vincent Van Gogh (1853-1890)
Roses et Anémones, Auvers-sur-Oise, juin 1890
Huile sur toile, 51,7 x 52 cm
Paris, Musée d’Orsay, don de Paul Gachet fils
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt



Certains tableaux de Van Gogh à voir ici sont vraiment des trésors !

Le but de cette exposition est de nous donner l’opinion d’Antonin Artaud sur Van Gogh, opinion très particulière

En général, les gens viennent ici pour voir des Van Gogh et non pour Artaud et j’ai comme l’impression qu’ils sont une grande majorité. L’œuvre d’Artaud, moins connue, est tellement différente de celle de Van Gogh qu’elle n’est pas comparable.

Artaud est plutôt un prétexte à l’exposition, un thème. A l’instigation du galeriste Pierre Loeb, Antonin  Artaud était allé voir une exposition Van Gogh à l’Orangerie en 1947. Il en était ressorti très en colère, écrivant un pamphlet intitulé justement « Van Gogh le suicidé de la société« .

 

Selon Artaud, Van Gogh se serait suicidé parce qu’il connaissait « d’insupportables vérités » (?) que la société cachait. Il a d’ailleurs la même explication concernant Gérard de Nerval:

(Gérard de Nerval n’était pas fou mais il fut accusé de l’être afin de jeter le discrédit sur certaines révélations capitales qu’il s’apprêtait à faire, et outre que d’être accusé…il fut encore frappé à la tête, physiquement frappé à la tête une certaine nuit afin de perdre la mémoire des faits monstrueux qu’il allait révéler et qui, sous l’action de ce coup, passèrent en lui sur le plan supra-naturel, parce que toute la société, occultement liguée contre sa conscience, fut à ce moment là assez forte pour lui faire oublier leur réalité.) Van Gogh Le suicidé de la société Editions Gallimard p. 1439

Or, le « suicide » de Van Gogh reste problématique,,.

Une enquête approfondie, ayant été effectuée par les américains  Steven Naifeh et Gregory White Smith (1)  tendrait, en effet, à montrer que Van Gogh aurait été victime de ce que l’on pourrait qualifier d’un « accident » provoqué par des jeunes jouant avec une arme à feu ! Ceux que ça intéresse trouveront le livre dans les librairies à la sortie de l’expo.

Malgré l’étude très sérieuse réalisée, le débat reste ouvert.

 

Artaud le créateur délirant

Tout d’abord, voici une intéressante vidéo de France Info, sur cette exposition


Visite virtuelle : Van Gogh / Artaud au Musée d… par FranceInfo

Antonin Artaud est d’abord et avant tout un créateur, d’une grande intelligence.

Son imagination débridée confine à la folie.

Pour beaucoup, il fut celui qui «a permis à la folie de s’écrire au grand jour» peut on lire sur le site des Journées de la schizophrénie

Pour ceux qui ne le sauraient pas, Antonin Artaud était écrivain, poète, acteur, directeur de théâtre, peintre, décorateur…

Interné pendant 9 ans, il  fut soigné, entre autre, au mercure !

Atteint d’un cancer,il est mort, à l’hôpital, sans doute d’une overdose, à l’âge de 51 ans

Les dessins présents ici montrent plus les préoccupations d’Artaud que le souci de faire une œuvre artistique au sens de la beauté; ou alors ce serait plutôt l’esthétique de la laideur…

 

 

 

Van Gogh

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A mon avis, Van Gogh aurait suffi à faire notre bonheur ! D’autant plus qu’on va découvrir ici, entre les « Docteur Gachet » et autres, des toiles peu connues et très belles, comme « Cyprès avec deux femmes », les deux femmes portant des robes identiques dans des tons rose/mauve totalement insolites et beaux qu’aucune photo ne peut rendre… Quant aux cyprès il sont fait d’empâtements multicolores qui scintillent dans le soleil ! Là encore, aucune photo ne peut en donner une idée juste. Il faut dire que Van Gogh travaillait longuement ses couleurs et qu’il obtenait souvent des teintes étonnantes par des systèmes assez complexes (voir les lettres à Théo).

Vincent van Gogh (1853-1890) Cyprès avec deux femmes, Saint-Rémy-de-Provence, juin 1889, huile sur toile Otterlo, Kröller-Müller Museum

Vincent van Gogh (1853-1890)
Cyprès avec deux femmes, Saint-Rémy-de-Provence, juin 1889, huile sur toile
Otterlo, Kröller-Müller Museum



 

Une occasion unique de voir une des versions de « l’Allée des Alyscamps » (collection particulière) avec des jaunes/orangés magnifiques mis en valeur par un ciel qui passe du vert au bleu et que je préfère ne pas mettre ici tellement les photos sont différentes de la réalité (le mieux est d’acheter le Hors Série de Connaissance des Arts, dont les couleurs sont assez fidèles).

Autre petite toile, à la fin de l’exposition, un chef d’œuvre à mon avis « Branches d’acacia en fleurs ». Réalisée très rapidement, elle montre bien la maîtrise extraordinaire de Van Gogh, d’autant que des témoins ont dit qu’il l’avait réalisée, assis sous le« fouillis de feuilles » (autre titre de la toile), dans une position acrobatique, tout en buvant une bière ! En fait, l’acacia serait un « faux acacia » ou robinier…

Vincent van Gogh (1853-1890) Branches d’acacia en fleurs, Auvers-sur-Oise, juin 1890, huile sur toile Stockholm, Nationalmuseum

Vincent van Gogh (1853-1890)
Branches d’acacia en fleurs, Auvers-sur-Oise, juin 1890, huile sur toile
Stockholm, Nationalmuseum



A signaler aussi un merveilleux « Paysage sous un ciel mouvementé », dans lequel les nuages ont des nuances complexes de rouge très rompu (notamment par le blanc), de jaune (sans doute le reflet des fleurs jaunes – une des théories de Van Gogh : un échange de couleurs entre le ciel et la terre…)

Une autre toile admirable dans les jaunes clairs dominants est une nature morte intitulée « Nature morte avec panier de pommes », venant du Saint Louis Art Museum à Saint Louis. On remarque le fond mauve de la toile et l’ombre bleue, le bleu étant complémentaire de presque toute la toile !

 

Vincent van Gogh (1853-1890) Nature morte avec panier de pommes, Paris, automne 1887, huile sur toile Saint Louis, Saint Louis Art Museum, don de Sydney M. Shoenberg Sr

Vincent van Gogh (1853-1890)
Nature morte avec panier de pommes, Paris, automne 1887, huile sur toile
Saint Louis, Saint Louis Art Museum, don de Sydney M. Shoenberg Sr



 

Il y a ici plus d’une quarantaine de ses toiles, ainsi que des dessins et quelques aquarelles.

A propos de dessins, il faut voir « La Terrasse du café, place du Forum à Arles, la nuit » fait avec un roseau, à l’encre et graphite sur un papier, se trouvant à Dallas,  copie conforme de ses tableaux sur le même sujet, à main levée et montrant parfaitement sa maîtrise du dessin !

La Terrasse du café, place du Forum à Arles, la nuit, Arles, septembre 1888 Roseau, encre et graphite sur papier, Dallas, Dallas Museum of Art, The Wendy and Emery Reves Collection

La Terrasse du café, place du Forum à Arles, la nuit, Arles, septembre 1888 Roseau, encre et graphite sur papier, Dallas, Dallas Museum of Art, The Wendy and Emery Reves Collection


Indispensable d’y aller !  Il est conseillé de réserver, c’est généralement bondé !

11 mars – 6 juillet 2014

Musée d’Orsay 62, rue de Lille Paris 07

 

(1)  » Van Gogh » de Steven Naifeh et Gregory White Smith chez Flammarion – 10/2013

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