Munch ou l’« Anti-Cri » à la Pinacothèque

La Pinacothèque de Paris nous présente une belle exposition du 19 février 2010 au 18 juillet 2010 (prolongée jusqu’au 8 août 2010), consacrée au peintre norvégien Edvard Munch (12 décembre 1863 – 23 janvier 1944).

Cette exposition, présente une centaine d’oeuvres (gravures, lithographies, huiles sur toile, etc.).

Elle commence avec de très belles toiles purement impressionnistes des années 1880.

A remarquer notamment une splendide petite huile sur carton intitulée « Jardin avec la maison rouge » (1882) très caractéristique de sa période impressionniste.

Plus loin on remarquera une gravure sur papier, « La table de roulette » de 1903, l’abondance de traits y est un peu inquiétante…

Après, ça devient nettement plus expressionniste, avec des retours à l’impressionnisme comme ce « Garçon de Warnemünde, 1907 » – voir ci-dessus en logo de l’article (Huile sur toile, 79,5 x 58,5 cm © The Munch-Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2009-2010)

On y voit également de nombreuses gravures sur bois, comme ce « Baiser sur les cheveux » de 1915 :

Baiser sur les cheveux, 1915
Edvard Munch Gravure sur bois 49 x 59,5 cm Collection privée © The Munch-Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2009-2010

Le Cri, notoriété exagérée ? :

C’est vrai que quand on pense à Munch, on pense tout de suite au tableau « le Cri ». C’est d’ailleurs souvent la seule oeuvre de Munch connue du grand public.

Or, Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque, dans la préface du catalogue consacré à cette exposition, parle à son propos, de « notoriété exagérée ».

Mais étant donné que toutes les oeuvres expressionnistes de Munch sont de ce style (ce dont Marc Restellini ne semble pas convaincu), qu’en déduire ?

Même les toiles apparemment « normales » ont une originalité particulière, telle cette « Femme au chapeau rouge » dont l’ombre ne correspond pas vraiment à une ombre réelle, mais serait une sorte de « double » étrange…

Femme au chapeau rouge sur le Fjord, 1891
Huile sur toile, 99 x 65 cm Collection privée © The Munch-Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2009-2010

« Le Cri » est pourtant intéressant et particulièrement emblématique de ce qu’est l’expressionnisme.

Tout d’abord, il est utile de savoir que le personnage « criant », n’est autre que lui même. Il s’agit donc en fait ni plus ni moins que d’un autoportrait.

Il explique d’ailleurs lui même l’évènement :

« Je longeais le chemin avec deux amis, c’est alors que le soleil se coucha, le ciel devint tout à coup rouge couleur de sang, je m’arrêtai, m’adossai, épuisé à mort contre une barrière. Le fjord d’un noir bleuté et la ville étaient inondés de sang et ravagés par des langues de feu. Mes amis poursuivirent leur chemin, tandis que je tremblais encore d’angoisse, et je sentis que la nature était traversée par un long cri infini. »

Ce tableau décrit donc une crise d’angoisse chez Munch, ce qu’on appellerait de nos jours une « attaque de panique ».

Mais il s’agit ici de mettre en lumière d’autres oeuvres de Munch et notamment les lithographies, les gravures sur bois, les dessins (on y voit même des dessins coloriés au crayon de couleur sur toile !)

L’oscillation

Il est curieux de constater que Munch, passe du classique (si on considère l’impressionnisme comme du classique) à l’expressionnisme tout au long de sa vie.

Quand il est dans des états pathologiques de mal être, le style devient plus expressionniste.

Dans toutes les oeuvres expressionnistes de Munch, le « beau » passe nettement à l’arrière plan, il est presque de trop pour décrire l’enfer qui est le sien. Il recherche plutôt à exprimer ses sentiments profonds à un moment donné de sa vie, mettant de côté le beau académique, qu’il n’hésitera d’ailleurs pas à reprendre s’il doit faire le portrait d’un ami

Il abîme d’ailleurs ses tableaux, les laissant par exemple sous la pluie (le « traitement de cheval »), introduisant ainsi le facteur temps (au deux sens du terme !) dans sa création.

Et on sent, dans certaines toiles, une grande lassitude dans l’exécution, presque un dégoût, par exemple dans « Nuit d’hiver », ci-dessous, avec des couleurs à peine posées, des mélanges malvenus et qui, pourtant, reste une grande toile expressionniste :

Nuit d’hiver, 1923
Huile sur toile 80 x100 cm Collection européenne © The Munch-Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2010

L’expressionnisme chez Munch s’exprime par symboles, les fameux symboles dont il faut, paraît-il, débarrasser son esprit pour faire de la peinture figurative (parce que sinon, on peint les schémas qu’on a dans la tête et on se retrouve alors avec ce qui ressemble à des dessins d’enfant – Cf le livre « Dessiner grâce au cerveau droit » de Betty Edwards).

Quelques phrases importantes de Munch

– « Je ne rejette pas ma maladie, car mon art lui doit beaucoup. »

–  « La maladie, la folie et la mort sont les anges noirs qui ont veillé sur mon berceau et m’ont accompagné toute ma vie. »

Jean-Pierre Duvaleix, peintre (voir les oeuvres)

Brève biographie importante :

  • 1863 : Naissance à Loten en Norvège. Son père est médecin militaire. Il sera le deuxième d’une famille de cinq enfants.
  • 1868 : Mort de sa mère de la tuberculose.
  • 1877 : Mort de sa soeur de la tuberculose également.
  • 1881 : Études à l’École royale de dessin d’Oslo.
  • 1883 : Première exposition à Oslo.
  • 1884 : Fréquente le groupe de la « Bohème de Christiania » formé de peintres écrivains
  • 1885 : Passe 3 semaines à Paris où il étudie les maîtres anciens au Louvre
  • 1886 : Exposition d’automne à Oslo.
  • 1888 : Étudie les peintres français de l’époque à l’occasion d’une exposition à Oslo.
  • 1889 : Première exposition personnelle (63 toiles et 47 dessins). Se rend à Paris grâce à une bourse d’État en octobre. Son père meurt en novembre. Munch a 26 ans.
  • 1890 : S’installe à Saint-Cloud grâce à une deuxième bourse d’État.
  • 1891 : Copenhague, Hambourg, Nice, Paris (troisième bourse d’État.)
  • 1892 : Expose à Berlin. Tournant graphique.
  • 1893 : Fréquente des écrivains et critiques dont Auguste Strindberg.
  • 1895 : : alors que Munch est âgé de 31 ans, son frère Andreas meurt.
  • 1898 : Sa soeur Laura est internée pour schizophrénie. Il rencontre Tulla Larsen. Relation qui durera 4 ans et qui finira mal (ivres tous les deux, un coup de revolver est tiré et il perdra une phalange).
  • 1902 : Expose dans le cadre de la Sécession berlinoise.
  • 1908 : fait un séjour de 6 mois dans la clinique du Docteur Jacobson pour y soigner une grave dépression.
  • 1923 : il est nommé membre d’honneur de l’Académie des beaux-arts à Berlin.
  • 1926 : sa soeur Laura meurt alors qu’il est âgé de 62 ans.
  • 1930 : maladie des yeux.
  • 1937 : les nazis confisquent les tableaux de Munch se trouvant dans les musées allemands (ils sont considérés comme de « l’art dégénéré »).
  • 1944 : il meurt le 23 janvier, à 80 ans, peintre reconnu et comblé d’honneurs.

Sont passées sous silence dans cette courte biographie la plupart des nombreuses expositions et voyages qui jalonnèrent sa vie.

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