
À l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance du photographe Eugène Atget, la Bibliothèque Nationale nous propose une belle exposition, présentant environ 350 de ses épreuves.
Cette exposition se divise en plusieurs sections :
Les débuts (le Paris des petits métiers), la topographie (les rues et les coins pittoresques) les arts décoratifs (hôtels particuliers, cheminées) , les sept albums d’Atget (Il était aussi devenu éditeur), la banlieue et enfin les parcs et jardins.
Mais quelle fut la vie d’Eugène Atget ?
Atget naît en 1857 à Libourne.
Il sera tour à tour acteur, peintre et photographe, mais il commencera sa vie par les voyages, notamment en qualité de serveur dans des paquebots, lui faisant ainsi découvrir, entre autre, l’Afrique du Nord et l’Uruguay.
Le théâtre
À 21 ans, passionné de théâtre (il le restera toute sa vie), il se présente au conservatoire d’art dramatique, mais il est refusé. Il doit faire son service militaire pour 5 ans au 63ème régiment d’infanterie. Il sera libéré en 1882, avec un an d’avance.
Il rencontre l’actrice Valentine Compagnon avec laquelle il embrassera le métier d’acteur, plus ou moins ambulant d’ailleurs.
Acteur, c’est son rêve et son idéal. Il le sera pendant longtemps, et notamment dans des tournées interminables, errant sur les routes par tous les temps, jouant dans des granges ou des cours d’école, « un troisième couteau »…
Le Peintre
Devant l’échec dans la profession d’acteur, il décide de devenir peintre.
Là encore échec.
Et enfin le photographe !
Mais il eut le temps de rencontrer de nombreux artistes dont Georges Braque, André Derain, Maurice Utrillo, Maurice de Vlaminck, André Dunoyer de Segonzac, Moïse Kisling, Foujita) et les ayant entendu se plaindre du fait qu’ils manquaient de documentation photographique (la photo d’un nu est moins onéreuse que de payer un modèle professionnel pour des séances de pose par exemple), il a l’idée de leur proposer ses services, en tant que photographe.
Et il se met à photographier tout ce qui peut intéresser les peintres, Paris et la banlieue, avec aussi des détails d’architecture, des portails d’églises des escaliers, etc.
La carrière d’Atget photographe commence donc de cette façon.
Ses principaux clients seront des institutions publiques (dont la Bibliothèque Nationale, le musée Carnavalet, la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, etc.).
Mais aussi les artisans, les collectionneurs d’images sur Paris, les décorateurs de cinéma et de théâtre, les ferronniers d’art, les ébénistes, les architectes et les historiens.
Sa personnalité est complexe. C’est un solitaire et un individualiste, il ne tolère que peu de gens autour de lui, à part sa compagne Valentine qui est devenue son assistante.
C’est un bourreau de travail. Il parcourt à pied des distances énormes avec un appareillage très lourd, dont son 18 X 24 à soufflet, duquel il ne se sépare pas.
C’est à Berenice Abbott, l’assistante de Man Ray, que l’on doit de connaître l’oeuvre d’Eugène Atget.
Elle s’était intéressée à l’homme et au photographe et l’a fait connaître aux USA, organisant des expositions.
Malheureusement, Atget n’aura jamais connu vraiment la réussite de son vivant, une carrière en dents de scie.
Il n’était pas dans la misère, il habitait un trois-pièces rue Campagne-Première avec sa compagne Valentine, mais il n’a jamais connu la gloire non plus, d’autant qu’à cette époque, le photographe ambulant était généralement plutôt méprisé et la photographie n’était pas encore considérée comme un art.
On l’a vu en 1925, vendant ses photos aux terrasses des cafés… Delarue-Nouvellière (1889-1973), dessinateur illustrateur a raconté qu’il parcourait les ateliers en essayant de vendre ses photos aux peintres et que beaucoup lui en achetaient parce qu’il faisait pitié… (Source : « Atget, magicien du vieux Paris en son époque » par Jean Leroy)
Et cet hommage rendu à Atget par la BNF est largement mérité.
Une belle exposition, à voir jusqu’au 1er Juillet 2007.







