« Cézanne et Paris » au Musée du Luxembourg

12 octobre 2011 – 26 février 2012 Musée du Luxembourg 19 rue de Vaugirard, 75006 Paris

79 oeuvres sont exposées ici, au musée du Luxembourg à Paris : 77 de Paul Cézanne, 1 d’Armand Guillaumin (Quai de Bercy à Paris), 1 de Pierre Bonnard (Portrait d’Ambroise Vollard au chat), du 12 octobre 2011 au 26 février 2012.

Paris, entité culturelle

La première salle nous présente des toiles de rues de Paris, assez classiques, dans un style impressionniste avec quelque chose en plus. Ce quelque chose, il me semble que c’est la structuration : l’impressionnisme de Cézanne modifie la nature contrairement à l’impressionnisme classique.

Il y a une belle « rue des Saules », pleine de sensibilité avec des couleurs d’une grande harmonie, comme les volets verts pâles de la maison de droite, avec les cheminées vermillon au fond de la rue et les verts jaunes sur la gauche, le tout sous un ciel tourmenté ! On y verrait presque le vent !

La Rue des Saules à Montmartre
Paul Cézanne Vers 1873-1874 Huile sur toile 31,5 x 39,5 cm Collection particulière © Collection particulière

et une toile d’une vue de Paris à partir du toit de l’immeuble qu’il habitait rue de l’Ouest. On y voit une église à l’extrême gauche et une demi-église à l’extrême droite. Tout y est bien structuré, presque cubiste. Le toit occupe la moitié inférieure de la toile. Il n’y a aucune ombre qu’une sorte de gris jaune sale. Le ciel est un peu plus clair, la toile est laissée telle quelle visiblement puisqu’on y voit des dessins de nuages au crayon qu’il a finalement renoncé à peindre.

Les Toits de Paris
Paul Cézanne 1881-1882 Huile sur toile 59,7 x 73 cm Collection particulière © Collection particulière

À Paris

La deuxième salle nous présente ses oeuvres du début à l’arrivée de Cézanne à Paris, à l’instigation de son ami Zola, en 1861. Ce dernier lui conseille d’aller à l’atelier Suisse (académie de Charles Suisse) où les cours sont peu onéreux, après avoir essayé d’entrer, en vain, aux Beaux-arts… Il y rencontre Pissarro et Guillaumin.

Pour Cézanne Paris est une entité culturelle, un centre de gravité, une raison d’être picturale. Mais il se sert aussi de la ville pour ébaucher, expérimenter.

On y rencontre du monde, on est là où il faut être, mais ça n’est pas seulement pour cela que Cézanne y séjourne. Il y est aussi question d’ambiance, il y a comme des sortes de bonnes « ondes artistiques ».

Et puis, il y a les musées. D’abord le Louvre, où il peut s’entraîner au dessin. Il y a d’ailleurs dans cette deuxième salle de nombreux dessins réalisés au Louvre. Il va aussi au musée du Luxembourg qui expose à l’époque des peintres comme Delacroix et qu’il trouve « ébouriffant » .

Toujours dans cette sale de trouvent plusieurs tableaux réalisés chez son ami Zola, dont la magnifique « pendule noire » peinte chez ce dernier. Il est curieux de constater qu’elle n’a pas d’aiguilles (un défi au temps ?).

Il faut d’ailleurs prendre son temps pour admirer cette toile, peinte en 1869-1870, avec toutes ces couleurs, du noir le plus pur au jaune du citron en passant par le rouge du coquillage…

La Pendule noire
Paul Cézanne 1869-1870 Huile sur toile 55,7 x 74,3 cm Collection particulière © Private Collection / Giraudon / The Bridgeman Art Library Nationality

Une carte des séjours de Cézanne en Ile-de-France est bien utile, puisqu’il en fera au total une vingtaine tout au long de sa vie.

Carte d’Ile de France et les lieux où Cézanne a peint

On y verra le « Pont de Maincy » qui se trouve près de Melun et dont le bâtiment sur la gauche derrière les arbres, est sans doute l’ancien moulin. D’autre part ce « Pont de Maincy » par sa structure, marquerait la rupture de Cézanne avec l’impressionnisme et son entrée dans sa période « constructive ».

Le Pont de Maincy
Paul Cézanne 1879-1880 Huile sur toile 58,5 x 72,5 cm Paris, Musée d’Orsay, acquis avec la participation d’une donation anonyme canadienne, 1955 © service presse Rmn-Grand Palais / Hervé Lewandowski

Dans la troisième salle on trouve des œuvres réalisées lors de son séjour à Auvers, près de chez le Docteur Gachet. Il s’y retrouve avec Guillaumin, Pissarro et Gachet lui-même qui fait de la gravure. Une atmosphère de franche camaraderie règne entre eux.

Quand on pense à Auvers et Gachet, on pense à Van Gogh, mais il ne faut pas oublier que Cézanne y a séjourné 18 ans avant !

 

Les tentations de Paris

C’est le thème choisi pour la quatrième salle. On ne sait pas dans quelle mesure Cézanne y a succombé, mais c’est bien possible…

On verra là une série de toiles plus ou moins provocantes dont « Une Moderne Olympia » et « l’Éternel féminin » ci-dessous, venue de Los-Angeles, tableau assez étrange et onirique dans lequel on reconnaîtra Cézanne de dos, au centre qui regarde la femme qui est elle-même regardée par un évêque, des notables sur la gauche et des lutteurs sur la droite, ainsi qu’un autre peintre peignant, semble-t-il, la « Montagne Sainte-Victoire »…

L’Eternel féminin ou Le Veau d’or
Paul Cézanne 1877 Huile sur toile 43 x 53 cm The J. Paul Getty Museum, Los Angeles © The J. Paul Getty Museum, Los Angeles

La cinquième salle contient essentiellement des œuvres faites alors qu’il habitait rue de l’Ouest et notamment deux portraits de Madame Cézanne, dont celui-ci :

Madame Cézanne à la jupe rayée
Paul Cézanne Vers 1877 Huile sur toile 72,4 × 55,9 cm Boston, Museum of Fine Arts, Bequest of Robert Treat Paine, 2nd © 2011, Museum of Fine Arts, Boston

Elle avait le mérite, disait Cézanne de « poser comme une pomme ».

Le commissaire de l’exposition Denis Coutagne (*) fait remarquer l’absence de symétrie dans les œuvres de Cézanne, notamment pour le portrait ci-dessous (mais c’est la même chose pour beaucoup d’autres œuvres) dans lequel les mains se sont pas au centre, le fauteuil non plus et Madame Cézanne est décalée par rapport au centre du fauteuil, les pieds sont coupés et la chevelure aussi, etc.

À remarquer aussi le portrait d’Alfred Hauge, jeune peintre norvégien. Il avait été lacéré par Cézanne et recousu par son fils (de manière très approximative.

Actuellement il est aux États-Unis et quand le Musée du Luxembourg leur a demandé le prêt pour l’exposition, ceux-ci l’on recousu « professionnellement » (impensable d’envoyer un portrait abîmé !), si bien qu’on ne voit plus les coutures, qui en faisaient la valeur anecdotique. Bravo toutefois aux restaurateurs américains !

À voir également dans cette salle le beau portrait de Victor Choquet dans lequel Cézanne a fait en sorte qu’on ne reconnaisse pas les tableaux (pour ne pas « tomber dans l’anecdote »), assez impressionniste.

Portrait de Victor Chocquet assis
Paul Cézanne 1877 Huile sur toile 45,7 × 38,1 cm Colombus, Colombus Museum of Art, Ohio, USA © Colombus Museum of Art, Ohio : Howald Fund Purchase 1950.024

Un Cézanne apaisé

La sixième et dernière salle montre des toiles d’un Cézanne apaisé, de nombreux paysages, une sorte de retour à la nature, avec le « Moulin brûlé » et surtout l’étonnant « Bord d’une rivière » dont on n’a pas malheureusement le visuel, dans un style cubiste maîtrisé.

Une exposition très bien faite avec certaines œuvres introuvables qui viennent de loin et ne reviendront pas en France avant longtemps.

En un mot comme en cent, il faut y aller ! Vous avez jusqu’au 26 février 2012.


Repères biographiques

19 janvier 1839

Naissance de Paul Cézanne à Aix-en-Provence . Avril-septembre 1861

Premier séjour à Paris où il rejoint Zola. À l’atelier Suisse, il fait la connaissance de Pissarro et Guillaumin. Il tente d’entrer aux Beaux-Arts, en vain. Mal à l’aise à Paris, il regagne très vite Aix-en-Provence. C’est le premier de quelque vingt allers retours entre Paris et Aix-en-Provence.

Novembre 1862

Revenu à Paris, Cézanne fait la connaissance de Bazille et de Renoir, avant celle de Manet en 1866. Tous les tableaux que Cézanne enverra au Salon à partir de 1863 seront refusés.

Mai-août 1866

Séjour à Bennecourt, en face de Bonnières, avec Zola.

Mi-décembre 1868

Cézanne rencontre Hortense Fiquet, alors âgée de 18 ans. Elle deviendra sa compagne (et la mère de son fils unique, Paul, né en janvier 1872. Il ne l’épousera qu’en 1886.

1869

En compagnie de Zola, Cézanne retrouve au café Guerbois les artistes du groupe des Batignolles.

Septembre 1870 – juillet 1871

Cézanne vit entre Aix-en-Provence et l’Estaque avec Hortense Fiquet, loin de la guerre franco-prussienne et de la Commune. De retour à Paris, il trouve un appartement rue de Jussieu, près de la halle aux vins.

Août 1872

Cézanne rejoint Pissarro près de Pontoise, avant de s’installer pendant plus d’une année à Auvers-sur-Oise, non loin du docteur Gachet.

Entre 1872 et 1882

Cézanne séjourne à plusieurs reprises à Auvers/Pontoise.

Il passe une année en Provence en 1876-1877, une année à Melun en 1879-1880 (cf. le Pont de Maincy), sans compter ses périodes « parisiennes » dans deux appartements successifs, rue de l’Ouest.

15 avril-15 mai 1874

Cézanne participe à la première exposition impressionniste chez Nadar avec « La Maison du pendu » et « La Moderne Olympia ».

1875

Renoir lui présente Victor Chocquet qui devient son principal collectionneur et son ami.

2-30 avril 1877

Cézanne, qui n’a pas figuré à la seconde exposition impressionniste, expose seize oeuvres à la troisième. Il ne participera pas aux expositions suivantes.

Juin 1879

Premier séjour à Médan, où Zola s’est acheté un pavillon.

Mars 1886

Parution de « L’œuvre » de Zola.

23 octobre 1886

Mort de Louis-Auguste Cézanne, son père. L’artiste dispose librement du Jas de Bouffan à Aix pour peindre.

Eté 1888

Retour à Paris et séjour à Chantilly. Installation quai d’Anjou à Paris en décembre.

Juin à novembre 1890

Cézanne accompagne sa famille dans le Doubs et en Suisse. Il commence à souffrir du diabète. Retour à Aix-en-Provence (sa femme s’installe à Paris).

1892  :

Séjour à Avon, Fontainebleau et Bourron-Marlotte.

1894

Cézanne peint sur les bords de la Marne (Maisons-Alfort, Saint-Maur-des-Fossés, Créteil).

Novembre 1894

A Giverny, Monet organise une réception en l’honneur de Cézanne en présence de Clémenceau, Rodin, Geffroy et Mary Cassatt.

Novembre 1895 56 ans

Ambroise Vollard organise la première exposition personnelle de Cézanne dans sa galerie de la rue Lafitte. Cézanne est resté à Aix-en-Provence où Vollard se rendra pour faire la connaissance de « son » peintre.

Juin-Juillet 1896

Voyage à Vichy et Annecy pour raison de santé.

Février 1897

Deux paysages de Cézanne entrent dans les collections du Musée du Luxembourg avec le legs Caillebotte.

Mai 1897

Séjour à Mennecy, près de Corbeil.

13 janvier 1898

Publication de « J’accuse » de Zola dans l’Aurore. Cézanne, devenu catholique pratiquant, appartient à un milieu antidreyfusard, mais cette « affaire » ne le concerne pas : seule compte pour lui la peinture.

9 mai-10 juin 1898

Nouvelle exposition à la Galerie Vollard.

Premier semestre 1899

Il réalise le Portrait de Vollard dans son atelier de la Villa des Arts.

Août 1899

Séjour à Marlotte, où il réalise le portrait d’Alfred Hauge.

Septembre 1899  : retour à Aix-en-Provence pour la vente du Jas de Bouffan. Cézanne ne séjournera plus dans la capitale mais fera deux brefs séjours à Fontainebleau (été 1904 et été 1905).

Avril 1901

L’Hommage à Cézanne de Maurice Denis est exposé au salon de la Société nationale des Beaux-Arts.

29 septembre 1902

Mort de Zola.

Octobre 1904

Seconde édition du Salon d’automne au Grand Palais, où une salle entière est consacrée à Cézanne.

Entre 1904 et 1906

Nombreux sont ceux qui se déplacent à Aix-en-Provence pour rendre visite à Cézanne. Parmi ces visiteurs, on relève des peintres, comme Émile Bernard, Charles Camoin ou Maurice Denis.

Nuit du 22 au 23 octobre 1906

Mort de Cézanne à Aix-en-Provence.


Une intéressante vidéo de Culturebox :

* Denis Coutagne est le commissaire scientifique de l’Exposition, conservateur honoraire du patrimoine, Président de la Société Paul Cézanne

le 12 octobre 2011
Pour marque-pages : Permaliens.

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