Berthe Morisot – Le secret de la femme en noir

Ne soyez pas alléchés par le sous-titre du livre, nulle énigme policière ne vous sera narrée. Ce secret n’a d’ailleurs qu’un intérêt infime dans cette biographie. Pas de scoop donc, mais l’histoire de Berthe Morisot, artiste peintre, femme au milieu des hommes artistes peintres. Au fil des pages elle se construit comme une véritable artiste : la peinture pour elle n’est pas le simple passe temps d’une demoiselle bourgeoise. Elle la vie comme une partie d’elle-même.

Sa première chance est sa mère, femme a l’esprit ouvert en cette deuxième moitié du XIXème siècle, qui l’accompagne (ainsi que sa soeur Edma) à ses cours. Berthe prend très au sérieux sa peinture : elle se rend au Louvre, comme beaucoup, pour y exercer son pinceau et y fera des rencontres qui deviendront prestigieuses, dont Manet.

Le temps passe et à plus de trente ans, cette femme d’une société très stricte n’est toujours pas mariée : elle finira par céder à Eugène Manet, frère d’Edouard. Viendra une fille (Julie) seule être qui passionnera Berthe autant que la peinture.

Voilà le temps des Impressionnistes décrit, et Berthe Morisot y prend une part active. Les « Intransigeants » allaient devenir « les Impressionnistes » après leur première exposition chez Nadar.

Nous sommes alors plongés dans l’époque avec des descriptions étonnantes : des salons officiels de l’Académie, aux murs couverts de tableaux de haut en bas, ses jalousies, ses disputes, des scandales recherchés pour attirer l’attention, des mises au placard, les railleries des critiques , la cruauté du public, rien de bien étranger en somme…

Même au sein du groupe des « Impressionnistes », il y a des tiraillements avec les sempiternelles disputes entre Degas et Monet, Mallarmé le poète et ami qui joue les médiateurs, Renoir qui observe, Gauguin mal accepté…

On assiste aussi à des accrochages, avec les mêmes préoccupations qu’aujourd’hui : suis-je bien placé ? Ai-je assez de lumière ?.

Ce que j’ai aimé découvrir également, c’est que dans ce milieu artistique, on est loin des peintres maudits ! Presque tout ce petit monde à d’autres sources de revenus (souvent des rentes) et travaille libre de toutes contingences même s’il ne vend pas, et ils sont nombreux à ne pas vendre !

Enfin, je vous recommande les toutes dernières pages où l’auteur nous décrit les lettres que Berthe Morisot a reçues des ses prestigieux amis. Ce n’est pas le contenu qui est émouvant mais les portraits qu’elle dresse à travers le style de l’écriture, le papier et l’encre utilisés.

Muriel Marhic

Berthe Morisot – Le secret de la femme en noir Dominique Bona Editions Grasset

Site de Muriel Marhic, aquarelliste : http://www.marhic.com/

le3 décembre 2008

 

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