“Dans l’ombre des Tudors” d’Hilary Mantel

Dans l'ombre des Tudors d'Hilary MantelCe livre est le premier d’une trilogie à venir. Le titre en est “Le conseiller” et il s’agit du conseiller du roi d’Angleterre, Henry VIII, à savoir Thomas Cromwell dans les années 1540.

Bien que ce soit un roman, tous les personnages ici sont historiques. Nul besoin de rajouter une tierce personne d’ailleurs, les personnages réels étant suffisamment forts !

La partie “roman” vient essentiellement de la mise en scène littéraire et du style, assez étrange d’ailleurs.

En effet, au cours du récit, on change subitement de lieu et d’époque en allant tout simplement à la ligne et en désignant Cromwell à la troisième personne : “Il… fait ceci ou cela”. On se demande d’ailleurs souvent de qui il s’agit…

Parfois, on a l’impression qu’il s’agit d’un rêve éveillé. Le début du roman est assez emblématique à cet égard :  le jeune Cromwell ensanglanté est allongé sur le sol et voit la botte de son père qui le frappe. C’est pendant cet épisode sanglant qu’il décide de partir à l’aventure. Un jeune homme de quinze ans environ, qui ne connait rien à la réalité des choses mais qui sera assez intelligent pour apprendre en étant à l’écoute de ceux qui savent …

Où Cromwell se fait tirer le portrait par Hans Holbein en personne et où la littérature rejoint la peinture !

Extrait du texte page 627 :

 Portrait de Cromwell par Holbein
Portrait de Cromwell par Hans Holbein

Il voit sa main peinte, posée sur le bureau devant lui, tenant une feuille de papier entre ses doigts à peine serrés. C’est étrange de se découvrir progressivement, morceau par morceau, comme s’il avait été découpé. Hans a rendu sa peau aussi lisse que la peau d’une courtisane, mais le mouvement qu’il a capturé, ses doigts qui se replient, est aussi sûr que le geste du boucher qui saisit son couteau. Il porte la bague en turquoise du cardinal. (…) Hans l’a représenté dans un petit espace, le coinçant derrière une lourde table. Il a eu le temps de réfléchir pendant que Hans le dessinait, et ses pensées l’ont emmené loin, dans un pays étranger. On ne peut cependant pas retracer le fil de ses pensées dans ses yeux.

Il avait demandé à être peint dans son jardin, mais Hans a objecté que cette idée lui donnait la chair de poule. (…)

Puis Cromwell veut l’opinion de son fils et se tournant vers le tableau, il dit :

-Je crains que Mark ait dit vrai (…) je l’ai entendu dire un jour que je ressemblais à un assassin

Grégory (son fils) s’étonne : “Ne le saviez vous pas ?”

C’est donc un beau roman historique, passionnant et très bien documenté et nous attendons avec impatience les traductions des deux tomes suivants.

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