De l’impression au rêve. Paysages de Jean-Jacques Henner

Le Musée National Jean-Jacques Henner a réouvert, après de longs et grands travaux, au 43 Avenue de Villiers à Paris.

Actuellement, il nous donne à voir une exposition des œuvres de Jean-Jacques Henner dans le cadre d’un beau musée, un hôtel particulier qui appartenait au peintre Guillaume Dubufe (1853-1909) plus particulièrement consacrée aux paysages. A propos de ce musée, il faut dire que la simple visite des lieux vaut déjà le détour !

Nous verrons aussi beaucoup d’autres œuvres appartenant au fonds du musée.

Jean-Jacques Henner est un peintre assez peu connu, car à l’époque de l’invention et de l’expansion de l’impressionnisme, il était à contre courant, plus intéressé par la mise en scène de ses rêves et la technique du portrait que par les paysages.

Avec le paysage il relie les deux. Il y a presque toujours un nu dans ce paysage, ou plutôt, il y a toujours un paysage derrière le nu.

Rêve
Jean-Jacques Henner, vers 1898 (C) RMN / Franck Raux

Une exposition a eu lieu en 2007 au Musée de la Vie Romantique (voir ici l’article du JDP) intitulée « Face à l’impressionnisme, Jean-Jacques Henner, le dernier des Romantiques »

Environ 90 œuvres sont présentées ici, dessins, notes et peintures.

Bizarrement et malgré le titre de l’exposition, ce sont ici les portraits qui sont le plus étonnants. Nul mieux que lui ne sait rendre un velouté de pêche à la peau !

Cela-dit, et à propos du paysage, son style était assez différent lors de sa période italienne et ses paysages d’alors, plus clairs, plus dessinés, plus équilibrés sur le plan du contraste, ressemblent nettement à ceux de Corot (voir un exemple ci-dessous) :

Montagne des environs de Rome, vers 1859
JEAN-JACQUES HENNER,(© RMN / T. Querrec

Quelques citations de Jean-Jacques Henner :

-  « Que m’importe le sujet dans un tableau ? Voyez telle oeuvre. Qu’y a-t-il ? Deux taches blanches qui sont des femmes, sur une tache verte et une tache bleue, qui forment un fond d’arbres et un ciel. Où est le sujet ? ».

-  « Ici à Rome, on dirait que la nature s’est plu à réunir tout ce qui peut réjouir un artiste : la campagne, les montagnes, la végétation, le ciel, les habitants, les costumes, en un mot tout » (Lettre à Grégoire Henner, 1862) ».

-  « On n’imagine pas combien il est difficile d’arranger un bout de paysage autour d’une figure. Ce qu’il y a de plus difficile au monde, c’est de faire un tableau avec une seule figure ». (Jean-Jacques Henner, 1879)

Comme beaucoup de grands peintres, Henner est un éternel insatisfait et il écrira, ce qui résume assez bien son œuvre :

-  « Je rêve quelque chose et je n’arrive pas à réaliser mon rêve ; il faut trouver la forme et la couleur appropriée ».

Une exposition qui mérite d’être vue. Vous avez jusqu’au 2 juillet 2012.


Jean-Jacques Henner en quelques dates :

(source : musée Jean-Jacques Henner)

5 mars 1829 : Naissance à Bernwiller dans le sud de l’Alsace, sixième et dernier enfant de cultivateurs.

1841-1846 : Cours de dessin de Charles Goutzwiller au collège d’Altkirch puis formation à Strasbourg dans l’atelier de Gabriel Guérin.

1846-1855 : Grâce à l’aide financière du département du Haut-Rhin, poursuit ses études à Paris à l’École des Beaux-Arts. Fréquente l’atelier de Michel-Martin Drolling puis, après la mort de ce dernier en 1851, celui de François-Édouard Picot. Réalise de nombreuses copies d’après les tableaux de Raphaël,Titien, Poussin ou Prud’hon exposés au Louvre.

1855 : Premier échec au Grand Prix de Rome de peinture. Revient en Alsace où il réalise des portraits et des scènes de genre.

1857 : Deuxième échec au Prix de Rome.

1858 : Remporte le Prix de Rome avec Adam et Ève trouvant le corps d’Abel.

1859 à 1864 : Séjour à Rome, à la Villa Médicis. Visite l’Italie : Rome, Florence, Venise, Naples… Étudie les grands maîtres et travaille à ses envois annuels. Peint des paysages sur le motif et des scènes pittoresques de la vie quotidienne. Sa palette s’éclaircit, son trait s’assouplit et il abandonne la raideur de ses débuts.

1860 : Peint « la Madeleine repentante ».

1865 : Son dernier envoi de Rome, La Chaste Suzanne, remporte une médaille au Salon et est acheté par l’État (musée d’Orsay).

1864 : Retour à Paris.

1867 : S’installe dans l’atelier du 11 place Pigalle.

1868 : Échec de « La Toilette » au Salon ; il détruit le tableau.

1869 Expose un nu réaliste au Salon : « Femme couchée dite La Femme au divan noir ».

1871 : Annexion de l’Alsace par l’Empire allemand. Ses liens se renforcent avec les milieux alsaciens et républicains de Paris. Il peint L’Alsace. Elle attend. Le tableau est commandé, à l’initiative de Mme Kestner, par des dames de Thann puis offert à Léon Gambetta, fervent opposant à la signature de l’armistice. Il le fait graver par Léopold Flameng pour lui assurer une large diffusion.

1872 : Expose au Salon « Idylle ».

1873 : Chevalier de la Légion d’Honneur. Devient membre du jury du Salon.

1874 : Expose au Salon le « Portait de Mme *** dit La Femme au Parapluie ».

1874-1889 : Dirige avec Carolus-Duran un atelier pour les femmes qui n’étaient pas autorisées à suivre les cours de l’École des Beaux-Arts.

1877 : Peint Les Naïades, son plus grand décor.

1878 : Promu Officier de la Légion d’Honneur. Jules Claretie publie la première monographie consacrée à Henner. Zola le remarque à l’Exposition Universelle. Expose au Salon « La Madeleine ».

1879 : Expose au Salon Jésus au tombeau et Églogue.

1880 : Peint Andromède pour les Raffalovitch et expose au Salon La Fontaine.

1881 : Membre de la nouvelle Société des Artistes Français maintenant organisatrice du Salon, Henner fait partie des 17 jurés qui attribuent une médaille à Manet un an avant sa mort. Expose au Salon « Saint Jérôme » et « La Source ».

1882 : Voyages en Belgique, en Hollande et en Espagne. Expose au Salon Bara.

1883 : « La Femme qui lit dite La Liseuse ».

1884 : « Nymphe qui pleure ».

1885 : « Madeleine et Fabiola ».

1887 : « Hérodiade ».

1888 : Voyage en Italie. Expose au Salon « Le Martyr de Saint Sébastien ».

1889 : Élu membre de l’Institut en remplacement de Cabanel. Expose au Salon « Prière ».

1891 : Voyage en Italie. 1893 : « Dormeuse ».

1896 : « Le Christ au linceul ».

1898 : Promu Commandeur de la Légion d’Honneur.

1902 : Commande par Paul Meurice de « Sara la baigneuse » pour la Maison de Victor Hugo à Paris.

1903 : Grand Officier de la Légion d’Honneur. Pour sa dernière participation au Salon expose « Nymphe endormie ».

1905 : S’éteint le 23 juillet à son domicile, 41 rue La Bruyère. Il est enterré au cimetière Montmartre.

Du 1er février au 2 juillet 2012, le Musée national Jean-Jacques Henner

Musée national Jean-Jacques Henner 43 avenue de Villiers 75017 Paris

11h-18h Tous les jours sauf le mardi et certains jours fériés (1er janvier, 1er mai, dimanche et lundi de Pentecôte, 14 juillet, 15 août, Noël) Nocturne jusqu’à 21h le premier jeudi du mois www.musee-henner.fr / www.henner-intime.fr (blog)

Pour marque-pages : Permaliens.

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