J’ai plus de phases que la lune ! Amadeo de Souza-Cardoso au Grand-Palais

Cardoso cire sur toileUne grande expo au Grand Palais : Amadeo de Souza-Cardoso du 20 Avril 2016 au 18 Juillet 2016 :

Audacieuse exposition que celle du Grand Palais : présenter un artiste peu connu du grand public, mais au talent, indéniable, le peintre portugais Amadeo de Souza-Cardoso, mort à 30 ans de la grippe espagnole, en 1918.

Né dans une famille assez fortunée, il se destine à des études d’architecte, et pour ce faire, il se rend à Paris, aux Beaux-Arts, mais abandonne vite au profit de la peinture. Il vit à Montparnasse où il se lie d’amitié, notamment avec Modigliani et Brancusi et de nombreux autres artistes, tel Robert et Sonia Delaunay, Juan Gris, etc.

Il est influencé par les divers mouvements qui naquirent à cette époque, mais n’en adopte finalement aucun.

Certains de ses paysages ressemblent à du Cézanne et ses portraits à du Modigliani. Parfois ses oeuvres sont proches du futurisme et de l’art abstrait, bien qu’il écrive dans une lettre à son oncle Francisco (Paris, 5 août 1913) :

« Ma manière de sentir et de comprendre n’a rien à voir avec celle des futuristes ou des cubistes ; le seul rapport serait précisément la justification du contraire. […]
Le futurisme est un truc de charlatan sans sensibilité ni cerveau, une camelote du cubisme ; le cubisme est une calligraphie mentale et littéraire. L’Art, tel que je le sens, est le produit émotionnel de la nature. Et la nature, source de vie, de sensibilité, de couleur, de profondeur, d’action mentale, de puissance émotive, etc. »

Mais il peut changer d’avis et il écrit par ailleurs ” j’ai plus de phases que la lune…”

Il est en fait en constante évolution, il suit son époque, même si l’on sent émerger en toile de fond, un style qui lui est propre.

Voici ci-dessous, un aperçu  de quelques oeuvres d’Amadeo :

 

Une intéressante et brève vidéo du Grand-Palais :

 

La RMN nous offre là une occasion unique de découvrir un très grand artiste trop tôt disparu.

 

BIOGRAPHIE (extrait du texte de Catarina Alfaro pour le catalogue)

Amadeo Ferreira de Souza-Cardoso naît le 14 novembre 1887 à Manhufe, Amarante, Portugal.

Fils de José Emídio de Souza-Cardoso, producteur de vin reconnu.
Fait ses études au Lycée national d’Amarante.
Partage son temps entre la propriété de Manhufe et la plage d’Espinho, où il passe ses étés. C’est au cours d’un de ces séjours qu’il devient l’ami de Manuel Laranjeira, médecin, poète et essayiste portugais. Laranjeira présente Amadeo à l’écrivain espagnol Miguel de Unamuno.

1887-1904
1905 Fréquente le cours préparatoire de Dessin à l’Académie Royale des Beaux-Arts, à Lisbonne.

1906 Développe sa pratique de la caricature dans son cercle d’amis.
Part pour Paris. S’installe dans le quartier de Montparnasse et fréquente les ateliers de Godefroy et Freynet pour préparer l’examen d’entrée à l’École des beaux-arts, dans le but de s’y inscrire en architecture.

1907 Poursuit son activité de caricaturiste et publie ses dessins dans des périodiques portugais.
Effectue un voyage artistique en Bretagne, où il retournera en 1912.
Rentre au Portugal pour passer Noël en famille, mais surtout pour annoncer à son père son intention d’abandonner ses études d’architecture.

1908 À Madrid, fréquente la maison de Martínez Sierra, poète et dramaturge espagnol, et visite le Musée du Prado. Déménage à la cité Falguière, atelier nº 21. Rencontre Lucie Meynardi Pecetto à la Crèmerie Chaude (Montparnasse).

1909 Manifeste un intérêt grandissant pour la peinture qu’il étudie à l’Académie Vitti, à Montparnasse. Suit notamment les cours du peintre espagnol Hermenegildo Anglada-Camarasa. S’installe dans le studio attenant à celui de Gertrude et Leo Stein, au nº 27 de la rue de Fleurus.
Rencontre Amedeo Modigliani puis, par son intermédiaire, Constantin Brancusi et le sculpteur ukrainien Alexander Archipenko.
Le 20 février, le Manifeste Futuriste est publié dans Le Figaro, signé par le poète Filippo Tommaso Marinetti. Le 18 mai, première représentation des Ballets Russes, de Sergei Diaghilev, au Théâtre du Châtelet.

1910 Voyage à Bruxelles avec Lucie. En août, revient à Paris, puis rentre au Portugal, où il restera jusqu’en novembre, avec sa famille. À Manhufe, Amadeo est surpris par l’agitation politique causée par la révolution républicaine du 5 octobre.
Quitte Lisbonne le 7 novembre sur un vapeur allemand et arrive le 10 novembre à Paris, où il passe la fin de l’année.
Son amitié et sa complicité artistique avec Modigliani s’intensifient.

1911 Le dimanche 5 mars, inaugure une exposition dans son atelier, désormais situé au n° 3 de la rue du Colonel-Combes, près du Quai d’Orsay. Cette exposition présente des sculptures de Modigliani et probablement aussi quelques dessins de Souza-Cardoso.
Le mois suivant, participe pour la première fois avec six oeuvres à une exposition de portée internationale, que l’on retiendra comme la première grande exposition cubiste : le XXVIIe Salon des Indépendants.
Avec la rencontre de Sonia et Robert Delaunay, fréquente de plus en plus les milieux d’avant-garde : Diego Rivera, Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin, Albert Gleizes, Henri Le Fauconnier, Francis Picabia, Marc Chagall, Umberto Boccioni, Paul Klee, Franz Marc et Auguste Macke.
Assiste également aux soirées organisées chez l’artiste toscan Umberto Brunelleschi, au n° 43, rue Boissonade. C’est chez cet illustrateur, scénographe et peintre qu’Amadeo rencontre le peintre et critique d’art américain Walter Pach, qui le présentera, en 1913, au monde artistique nord-américain.

1912 En février, la galerie Bernheim Jeune présente l’exposition Peintres futuristes italiens, organisée par Marinetti et Gino Severini.
Au mois de mars, Amadeo participe à une autre exposition déterminante, le XXVIIIe Salon des Indépendants.
L’un des articles principaux écrits à Paris au sujet de la peinture d’Amadeo est signé par Marius et Ary Leblond, les deux fondateurs de la revue bimensuelle La Vie. Publié le 8 juin sous le titre « Bouche, Segonzac, Moureau, Cardoso », cet article fait référence à l’exposition organisée par la revue au mois de juin.
Amadeo prépare depuis le printemps la publication de l’album XX Dessins. Entre les années 1912 et 1914 s’établit une profonde relation d’amitié avec le peintre et sculpteur Otto Freundlich.
Amadeo et Lucie passent les mois de juillet et d’août à Pont-l’Abbé, en Bretagne. Pendant ces vacances, l’artiste décide de réaliser le manuscrit illustré de La Légende de saint Julien L’Hospitalier, de Gustave Flaubert.
S’installe dans un atelier situé au nº 20 de la rue Ernest Cresson.
Participe au Xe Salon d’Automne, au Grand Palais, du 1er octobre au 8 novembre. Ce sera la dernière étape du bref parcours d’Amadeo dans les expositions parisiennes, avant de prendre la direction des États-Unis et de l’Allemagne.
La famille d’Amadeo de Souza-Cardoso accepte finalement sa relation avec Lucie.

1913 Continue son travail de diffusion des XX Dessins. Le succès de cet ouvrage est manifeste dans la capitale française, où il trouve de nombreux échos dans la presse.
En février, il participe, aux côtés de Kokoschka, Picasso, Braque et Léger, à l’exposition organisée à la galerie Miethke, à Vienne.
Répondant à l’invitation de Walter Pach, Amadeo participe à l’International Exhibition of Modern Art (Armory Show). Cet événement prend place dans trois villes américaines : New York, Chicago et Boston, entre le 17 février et le 15 mars.
Expose à Berlin à l’Erster Deutscher Herbstsalon (le Premier Salon d’Automne allemand), organisé par la galerie Der Sturm, du 20 septembre au 1er novembre.
À la fin de l’année 1913 ou au début de l’année 1914, il expose l’album XX Dessins, avec probablement les dessins originaux, à l’École des Arts et Métiers de Hambourg.

1914 L’album XX Dessins est probablement présenté lors de l’exposition Deutsche Werkbundausstellung à Cologne.
Une des oeuvres d’Amadeo figure dans une exposition américaine, Exhibition of Painting and Sculpture in «The Modern Spirit », du 16 avril au 12 mai à la Milwaukee Art Society.
Expose au London Salon of the Allied Artists’ Association en juillet.
En été, se rend avec Lucie à Barcelone en compagnie de leur ami Leon Solá. Par l’intermédiaire de Solá, Amadeo et Lucie rencontrent Gaudí, qui achève cette année-là le Parc Güell.
Le 26 septembre, Amadeo se marie à Porto avec Lucie Pecetto.
Le séjour à Manhufe sera plus long que prévu : l’Europe est en guerre et Amadeo se voit dans l’impossibilité de revenir à Paris.

1915 Installé avec Lucie dans l’atelier de la Casa do Ribeiro à Manhufe, construit au sein de la propriété de son père en 1910, Amadeo occupe son temps entre la peinture, la chasse et les promenades à cheval dans les montagnes environnantes.
Robert et Sonia Delaunay se rendent à Madrid, puis finissent par s’installer au Portugal, à Vila do Conde, dans la « Villa Simultanée ». Le couple devient un important pôle d’attraction pour les artistes appartenant à la Corporation Nouvelle : les portugais Souza-Cardoso, Almada Negreiros, José Pacheco et Eduardo Viana, ainsi que Baranoff Rossiné, un peintre russe résidant à Paris. Plus tard se joindront à eux les poètes Guillaume Apollinaire et Blaise Cendrars. Ce groupe projette des expositions itinérantes (« Expositions mouvantes ») et des albums artistiques. Amadeo se lance avec Sonia Delaunay dans le projet d’un livre.
Parution de la revue Orpheu, créée par un groupe d’intellectuels de Lisbonne proche des idées de Fernando Pessoa, Mário de Sá-Carneiro et Almada Negreiros. Le futurisme s’assume alors comme un acte fondateur et initiateur du modernisme portugais.

1916 Année marquée par l’échec des tentatives d’expositions internationales promues par La Corporation Nouvelle et par Walter Pach.
Première présentation au Portugal de l’oeuvre d’Amadeo, d’abord à Porto puis à Lisbonne.
Fernando Pessoa annonce : « Orpheu 3 comportera également quatre hors-textes du plus célèbre peintre portugais d’avant-garde – Amadeo de Souza-Cardoso ».
Amadeo publie à Porto l’album 12 Reproductions, une édition d’auteur qui a pour but de divulguer son oeuvre.
Lors d’une interview, mentionne son projet d’exposer aux États-Unis. La correspondance qu’il échange à l’époque avec Walter Pach vise précisément la présentation de son oeuvre dans une galerie new-yorkaise, la Modern Gallery de Marius de Zayas.

1917 Amadeo travaille seul dans son atelier des montagnes de Manhufe.
Participe à des projets éditoriaux avec l’artiste et écrivain portugais José de Almada Negreiros (Litoral e K4, o quadrado azul).
Deux oeuvres, Phare et Tête Noire, toutes deux datées de 1914, sont reproduites dans la revue Portugal Futurista.

1918 Amadeo continue de planifier son retour à Paris.
Dans l’espoir de fuir une épidémie européenne de grippe espagnole, qui fera cette année-là vingt millions de victimes, il se réfugie dans la maison familiale d’Espinho.
Il y meurt le 25 octobre, atteint par la pandémie, à l’âge de trente ans.

 

20 Avril 201618 Juillet 2016

Ouverture de 10h à 20h les lundis, jeudi, vendredi, samedi et dimanche.
Nocturne de 10h à 22h tous les mercredis.

Fermé tous les mardis

Fermeture du Grand Palais le 1er mai et le 14 juillet

Nuit européenne des musées samedi 21 mai : toutes les expositions sont ouvertes et gratuites à partir de 20h. Entrée jusqu’à minuit, fermeture à 1h.

Pour marque-pages : Permaliens.

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