« Sempé, un peu de Paris et d’ailleurs » à la Mairie de Paris

Exposition Sempé à la Mairie de Paris

Voilà une expo absolument formidable qui s’est terminée le 11 février 2012.

Sommes-nous ici dans la bande dessinée, l’aquarelle, la poésie, le rêve ?

Le dessin est admirable. Il est beau, il est pur, une touche de couleur est mise ici ou là et tout devient magique.

Les œuvres de Sempé sont touchantes, pleines d’humour, de sensibilité.

Paris y est en vedette avec ses immeubles haussmanniens, ses foules, ses vieux autobus, ses travaux, le petit bonhomme tout seul malgré le monde !

Parfois, il y a un enchevêtrement de rues avec une perspective aérienne qu’affectionne Sempé, un enchevêtrement d’arbres, des foules dessinées personnage par personnage, et comme si ça ne suffisait pas il y ajoute un autre enchevêtrement : celui des ombres ! La première partie de l’expo comprend des dessins de ses débuts et on peut voir que, très vite, il prend le style qu’il gardera tout au long de sa carrière.

Cette première partie, le long d’un couloir assez long, est à regarder de près : c’est là qu’on y trouve les œuvres les plus remarquables. D’abord, comme je l’ai dit plus haut, ses premiers dessins, un peu maladroits et ensuite, le summum de l’art, les ombres en traits croisés plus ou moins serrés, les grands lavis, les couleurs disposées avec parcimonie, ce qui les rend d’autant plus présentes, qu’elles soient à l’aquarelle, à la gouache ou même au crayon de couleur !

On redescend au rez-de-chaussée, dans une grande salle dans laquelle se trouvent les originaux de dessins parus dans de nombreux albums et magazines, dont le New Yorker dont Sempé fait régulièrement la couverture, et ce depuis 1978 !

Souvenirs, souvenirs :

Je me suis rendu compte que les dessins de Sempé restent éternellement dans la mémoire ! On se souvient particulièrement des phrases (« …nous mettrons, de-ci de-là, quelques gags désopilants… » – dit par deux messieurs sinistres dans un lieu qui ne l’est pas moins !) et aussi bien sûr des dessins qui les accompagnent.

En exergue sur les murs, des phrases de Sempé :

Tout aussi intéressant que les œuvres, il y a en exergue sur les murs des phrases de Sempé qui le définissent bien, en voici quelques unes :

-  L’humour :

La base de l’humour, je crois, c’est une grande naïveté. Une très grande naïveté. Alors, le naïf que je suis cherche seulement à faire quelque chose du ridicule de ses croyances. Du ridicule de sa stupidité.  :

-  L’histoire de Monsieur Sommer :

En Allemagne, où il se rend régulièrement pour accompagner la publication de ses livres par l’Editeur Diogenes, Jean-Jacques Sempé rencontre Patrick Süskind qui n’a encore, lui, rien publié : « Il était très drôle et parlait un français approximatif qui m’enchantait. J’étais convaincu qu’il ferait des choses formidables. Après le succès mondial du « Parfum », il lui demande un texte qu’il pourrait illustrer, avec seulement le souhait qu’on y parle de vélo et de piano. Peu de temps après, Patrick Süskind lui envoie L’Histoire de Monsieur Sommer (italique). Le personnage principal, Monsieur Sommer, est « obligé de courir tout le temps dehors parce qu’il a la claustrophobie ». De quoi inquiéter et fasciner un petit garçon qui grimpe aux arbres pour s’isoler, qui rêve de voler, qui envisage un instant de se tuer parce que « l’univers est injuste, méchant et infâme » mais qui saura garder toute sa vie un joli secret. Sempé s’amuse de ce climat inquiétant, angoissant parfois : « J’ai trouvé cette histoire très étrange et très belle. Ce qui m’intéressait, c’est que je connaissais les lieux, la Bavière qui m’avait séduit. C’était un univers qui me sortait de mes habitudes. Et si ce n’est peut être pas un livre à lire aux enfants le matin de Noël, c’est un livre qui me plait bien. »

-  Décalage

Si je me laisse submerger par l’actualité, c’est fichu ! L’autre jour, après avoir entendu le récit du krach boursier, je suis sorti dans la rue : une dame avait fait tomber son pain par terre, une autre l’avait ramassé et toutes deux parlaient. C’était formidable, il y avait un tel décalage entre ce que je venais de voir et cette scène… Ce sont ces infinis détails, ces avatars quotidiens, qui assurent la pérennité des choses tout en les rendant déconcertantes, et même comiques. »

-  L’Animal inconsolable et gai

J’admire profondément celui qui a trouvé cette phrase : « l’homme est un animal inconsolable et gai ». Comment peut-il avoir pensé à ça ? On ne peut pas vivre si l’on n’est pas gai. Même si rien ne va, il y a la gaité, on pourrait appeler cela la joie de vivre, la joie d’être. Et inconsolable, on l’est. Alors je fais avec les deux…

-  Gâteux

« J’ai été gâteux très jeune, en aimant des choses qui étaient déjà démodées : cela m’a donné de grandes joies dans la vie. J’aime bien mon époque, je ne suis pas contre le progrès, mais je voudrais que les choses soient à la fois plus faciles et moins organisées, j’aime le hasard. »

-  J’ai simplement voulu faire

Un auteur à qui l’on demandait ce qu’il avait voulu dire, a répondu : « Je n’ai pas voulu dire, j’ai voulu faire. » Il avait bien raison ce monsieur. Moi aussi j’ai seulement voulu faire. »

Ci-dessous une vidéo avec, entre autre, une interview de Marc Lecarpentier, Commissaire de l’exposition de la Mairie de Paris :


Visitez l’expo Sempé à l’Hôtel de Ville par mairiedeparis

 

 

 

Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés