Titien, inventeur de la peinture moderne.

Titien (1488-1576) eut pour maîtres les frères Bellini et plus tard Giorgione (1477- 1510)avec lequel il décorera la Fondaco dei Tedeschi à Venise.

Sa vie fut longue. Il connut la gloire en réalisant des portraits pour les personnalités de son époque (Charles Quint dont il était le portraitiste officiel, Philippe II, François 1er, etc.).

Parallèlement, il réalisait aussi des sujets religieux ou mythologiques, des portraits de ses amis, comme celui de l’Arétin

La technique du Maître :

La technique du Titien est une adaptation de toutes les techniques – frottis dont il serait l’inventeur, glacis, empâtements – toutes présentes parfois sur un seul tableau.

Il était en constante recherche.

Avant le Titien, on peignait essentiellement avec des couleurs vives, saturées.

Le Titien a en quelque sorte inventé l’introduction des couleurs rabattues, rompues, par divers mélanges dont celui des complémentaires et du blanc (“sali tes couleurs” disait-il à l’un de ses élèves).

C’est pourquoi on a souvent une impression de couleurs très saturées, très vives (en raison de la proximité de couleurs rompues). Ceci est particulièrement évident avec le tableau ci-dessous :

Portrait de Laura Dianti
1523-1528 huile sur toile,118 x 93,4 Suisse, coll. particulière

Il peignait avec des pinceaux en soie de porc sur de la toile de chanvre brute et terminait souvent ses tableaux avec ses doigts !

Si ses toiles semblaient souvent rester à l’état d’ébauches, comme les impressionnistes plus tard, c’est qu’il était un chercheur et expérimentait sans cesse de nouvelles possibilités.

Cézanne a dit très justement : « La peinture moderne est née à Venise, avec Titien. »

Un de ses élèves, Palma le Jeune (1544-1628) de son vrai nom Jacopo di Antonio Negretti, l’a vu peindre et a décrit sa manière de faire.

Il nous apprend que Titien commençait par faire un fond, vraisemblablement ocre rouge.

Sur ce fond il se mettait à peindre le portrait très vite, s’intéressant particulièrement aux différentes valeurs de tons.

Pour ce faire, il mélangeait le rouge avec plus ou moins de noir et ensuite avec du jaune. Il obtenait donc des parties foncées, moyennes et claires qu’il réalisait, toujours selon Palma, extrêmement rapidement…

Puis, il laissait le tableau dans un coin (retourné contre le mur) pendant des semaines ou des mois pendant qu’il en commençait un autre.

Le temps ayant suffisamment passé, il reprenait le tableau et le regardait d’un oeil critique, impitoyable…

Il le reprenait ensuite en y ajoutant des glacis innombrables (30 à 40 !). Ces glacis étaient faits de rose sur les rouges, de jaune très dilué sur les visages.

Il laissait les parties très sombres en l’état.

Il ajoutait enfin les blancs ou les jaunes clairs avec la technique du frottis qu’il inventa (d’après certaines sources).

Michel Ange qui ne l’aimait pas beaucoup disait, en parlant du Titien : « Si cet homme était aidé par l’art et le dessin comme il l’est par la nature, etc. » (chroniques de Vasari).

C’est avec une audace incroyable que Titien traitait ses sujets.

Souvent, il gardait des toiles pour lui, comme cet autoportrait remarquable, réalisé en 1562.

Autoportrait
Le Titien huile sur toile, 96 x 75 cm circa 1562 Gemäldegalerie, Berlín.

S’il y a une évolution chez Le Titien, on ne peut toutefois pas dire qu’elle soit linéaire. En général on constate que sa palette devient plus monochrome avec les ans, privilégiant les tons rompus et les couleurs terre. Comme le disait Vasari, on voit bien de loin ce qu’il a dessiné mais pas de près et c’est très bien ainsi.

Mais Titien, en homme libre, en innovateur, se permet d’immenses libertés et si son oeuvre ne semble pas remarquable sur le plan technique (par rapport à ses contemporains), elle l’est par l’audace qu’il manifeste.

Titien a ouvert une porte, il a libéré le peintre de règles trop rigides. Certains ont profité de cette porte ouverte, d’autres non.

On peut dire qu’il a offert la liberté à tous les peintres, non en niant la technique mais au contraire en se permettant toutes les libertés avec toutes les techniques !

Une exposition des portraits du Titien s’est tenue  au Musée du Luxembourg à Paris du 13 septembre 2006 au 21 janvier 2007, avec plus de 60 oeuvres venues de 14 pays, réunissant un ensemble de 35 portraits.

C’est une occasion unique qui nous est donnée de voir réunies ces oeuvres avec, en regard, celles d’autres grands peintres de son temps, tels que Rubens, Lorenzo Lotto, Parmigianino, Tintoret, Benvenutto Cellini…

Doge Andrea Gritti
1544-45 Oil on canvas 133.6 x 103.2 cm National Gallery of Art, Washington

Bibliographie :

-  Le Siècle de Titien de Michel Laclotte, Giovanna Scirè Nepi, France) RMN

-  Titien (Classiques de l’art Flammarion)

-  Histoire de la peinture (Skira)

 

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