Un homme d’affaires nommé Cranach

Pour sa réouverture, le musée du Luxembourg, fermé depuis début 2010, présente : « Cranach et son temps ».

Ce musée aura donc été fermé pendant plus d’un an.

« Cranach et son temps » nous présente essentiellement des oeuvres de Cranach l’Ancien et des gravures de Dürer. Pour le reste, on remarquera un merveilleux diptyque de Quinten Metsys « La Vierge en prière et Le Sauveur ».

Pour ceux que la liste complète des oeuvres exposées intéresse, cliquer ICI.

La scénographie pour cette exposition, est particulièrement remarquable, les salles étant faites de grandes cloisons de bois sombre modulables ; il y a un côté à la fois inachevé et « brut » qui est particulièrement bien adapté à ces oeuvres du XVIème siècle, mais qui est aussi très moderne.

Cranach l’homme d’affaires

Ce qui est étonnant, c’est que Cranach est ce que l’on appellerait maintenant un homme d’affaires. Il possèdera une taverne, une pharmacie, une imprimerie et une librairie.

Son atelier comptera jusqu’à 15 peintres, lui permettant de livrer ses commandes plus rapidement et de terminer ses tableaux. Il paraît qu’il lui arrivait même de donner ses instructions sur le thème du tableau et que celui était exécuté selon ses désirs, par d’autres peintres, ses employés.

D’autre part, en tant que peintre de cour du Grand électeur, Frédéric le Sage, il bénéficie d’armoiries (un serpent ailé tenant dans sa gueule une bague) qui lui serviront de signature et il sera alors très difficile de distinguer un « original » d’une oeuvre faite en partie par d’autres…

Tout cela n’enlève rien à son talent qui a été de créer un style nouveau, des personnages nouveaux, comme ces corps de femmes longilignes, élégants.

Cranach et les nus

Il ne commencera ses nus qu’en 1509, Vénus servant de prétexte (d’ailleurs largement inspirée de Dürer, qu’il connaissait), Lucrèce, l’allégorie de la justice, et bien sûr Adam et Ève ci-dessous :

Adam et Eve
Lucas Cranach l’Ancien Varsovie, Museum Narodowe w Warzawie © Museum Narodowe w Warzawie tempera et huile sur bois, 58 x 44 cm vers 1510

Ses nus sont « stylisés », les femmes qu’il représente se ressemblent toutes plus ou moins, mais elles ont toujours une grâce et un charme remarquables.

Cranach misogyne ?

Cranach met plusieurs fois en garde contre les « ruses féminines », mais il admire les héroïnes, il en peint plusieurs, telle Lucrèce qui, ayant été abusée par un homme, avoue tout à son mari et se suicide immédiatement après.

Lucrèce

Lucas Cranach l’Ancien collection privée © collection privée tilleul, 60 x 47 cm 1510-1513

Il peint aussi « la Vierge allaitant l’enfant », la Vierge étant étonnamment humaine, son regard exceptionnellement doux :

La Vierge allaitant l’enfant (détail)
Lucas Cranach Budapest, église réformée, collection Ràday © Budapest, église réformée, collection Ràday huile sur panneau tilleul, 81,6 x 54 cm vers 1515

Ses jeux de couleurs sont toujours magnifiques.

Portrait de jeune femme au chapeau rouge
Lucas Cranach l’Ancien Collection particulière © Courtesy Galerie De Jonckheere, Paris Huile sur panneau, 40 x 27 cm

Pour le côté misogyne, on remarquera « Hercule chez Omphale » dans lequel Hercule, heureux et stupide, est absolument ridiculisé par les jeunes femmes sournoises qui l’entourent (il est tellement béat qu’il file la laine !)… Le visage d’Hercule fait penser aux têtes de Jérôme Bosch.

Hercule chez Omphale
Lucas Cranach Toulouse, Fondation Bemberg © Fondation Bemberg Huile sur bois, 120 x 84 cm 1537

Un peintre de cour

Cranach fait de lui un autoportrait en 1531 :

Autoportrait
Lucas Cranach l’Ancien Burgen, Schlösser Altertümer © GDKE Rheinland-Pfalz huile sur panneau de hêtre, 45,4 x 35,6 cm 1531

Il peint aussi son mécène, Frédéric le Sage

Étonnant chez Cranach : le noir. Quand il l’emploie, pour un fond ou même un couvre-chef, celui-ci est un noir pur, absolu et profond.

Portrait de l’électeur Frédéric le Sage âgé

Lucas Cranach l’Ancien Schleswig, Landesmuseen Schloss Gottorf © Landesmuseen Schloss Gottorf huile sur panneau de hêtre rouge, 21 x 30 cm 1525

 

A tel point que sur le portrait ci-dessus, le chapeau semble presque « décollé » et sans relief !

Cranach, ami de Luther

Cranach est un ami de Luther et en tant que tel, assez attaché à la religion réformée. On voit à cette exposition plusieurs portraits de Luther par Cranach.

Il peint aussi des tableaux religieux, aussi bien pour les protestants que pour les catholiques, et entre autre « le martyre de Sainte-Catherine », tableau un peu fou, avec un enchevêtrement de corps, un paysage, un éclair dans le ciel, les roues de la torture, etc. :

Le martyre de sainte Catherine
Lucas Cranach l’Ancien Budapest, Ráday Library of the Hungarian Reformed church © Budapest, église réformée, collection Ráday, Huile sur panneau de bois, 112 x 95 cm Circa 1508-09

Ce curieux tableau est assez représentatif de l’oeuvre de Cranach, souvent à la frontière entre profane et sacré !

Donc, encore une belle et exceptionnelle exposition à voir à Paris.

A ne pas manquer !


9 février – 23 mai 2011 Musée du Luxembourg 19 Rue de Vaugirard 75006 Paris

Pour marque-pages : Permaliens.

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