Beauté animale, de Dürer à Jeff Koons au Grand Palais

Les animaux dans l’art et la science

  Une belle expo, assez inattendue. J’étais relativement peu enthousiaste avant d’y aller, mais j’ai été agréablement surpris.

D’abord, le titre ne me disait rien qui vaille… Avec « Beauté animale », on pouvait s’attendre à trouver un hommage esthétique à l’animal, or ça n’est pas du tout le cas, dans la mesure où certains animaux ne sont pas vraiment « beaux » au sens habituel du terme.

Il y a même une salle consacrée aux phobies dans laquelle on voit des bêtes particulièrement laides. De plus, l’affiche représentant un orang-outan du sculpteur Pompon, n’est ni engageante, ni représentative de ce qu’on va voir !

-  Les animaux dans l’art

Ici on est plutôt gâté, entre la peinture et la sculpture, avec des Dürer, Van Gogh, Géricault, Koons, Degas, Pompon, Picasso etc, 120 chefs-d’oeuvre de l’art occidental, de la Renaissance à nos jours.

On a quelques belles aquarelles et gravures de Dürer, dont la fameuse chauve-souris et un admirable rhinocéros, ci-dessous :

Rhinocéros
Albrecht DURER (1471-1528) 1515 gravure sur bois, 21,2 x 30 cm Paris, BnF, département des Estampes et de la photographie © Paris, Bibliothèque nationale de France

A signaler aussi un magnifique Van-Gogh, « Chauve-souris », réalisée dans les jaunes (voir le logo de l’article).

A propos de chauve souris, on en verra une autre, en fer forgé, suspendue avant le grand escalier qui mène au premier étage, étrange réalisation du sculpteur César.

Le mélange des époques est intéressant aussi, créant à chaque fois des chocs esthétiques qui font qu’on ne s’ennuie pas une seconde !

Une huile sur cuivre de Jan-I-Van Kessel nous détaille de nombreux insectes que la précision du peintre pourrait nous rendre répugnants, mais qui justement sont magnifiques.

Insectes et araignée, 1660
Jan I VAN KESSEL (1626-1679) Huile sur cuivre, 17 x 23 cm Strasbourg, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Strasbourg, photo M. Bertola

Un grand tableau intitulé tout simplement « les oiseaux » nous en montre des dizaines (je n’ai pas eu le courage de les compter, mais il y en aurait 71 !).

Les Oiseaux, 1619
Anonyme allemand ( ?) Huile sur toile, 141 x 96 cm Strasbourg, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Strasbourg, photo M. Bertola

Un peu plus loin, on verra une magnifique « Tête de lionne » de Géricault et une non moins magnifique « Tête de cheval blanc » sur un fond rougeâtre, du même Géricault.

Tête de cheval blanc, avant 1816-1817
Théodore GERICAULT, (1791-1824) Huile sur toile, 65 x 54 cm Paris, musée du Louvre, département des Peintures © Service presse Réunion des musées nationaux – Grand Palais / Thierry Le Mage

Ironie

On s’attend à voir une certaine ironie avec les singes et on n’est pas déçu (les peintres peuvent avoir un regard distancé sur leur activité !) :

Le Singe peintre dit Intérieur d’atelier, vers 1833
Alexandre Gabriel DECAMPS (1803-1860) Huile sur toile, 32 x 40,5 cm Paris, musée du Louvre, département des Peintures © Service presse Réunion des musées nationaux – Grand Palais / Michel Urtado

Jeff Koons se moque aussi visiblement des « chiens pomponnés » avec ce ridicule caniche :

Caniche, 1991
Jeff KOONS (né en 1955) Bois polychrome, 58,4 x 100,3 x 52,1 cm Lisbonne, Museu Colecção Berardo © Musée Collection Berardo / Fondation d’art moderne et contemporain

Les chats, toujours photogéniques, sont également présents en peinture avec notamment le fameux chat de Bonnard.

-  Les animaux dans la science

L’exposition s’intéresse aussi à l’étude scientifique des animaux, on y verra un vaste panorama des recherches faites depuis le XVIème siècle, notamment par le biais du dessin et de la peinture.

Mais le véritable intérêt du public s’est surtout manifesté au XIXème siècle avec l’invention des zoos qui permettaient de faire venir des animaux exotiques (telle la fameuse girafe venue à pied de Marseille sous le règne de Charles X) et de les entretenir décemment (avant la révolution, seuls les souverains le pouvaient).

N’oublions pas non plus un tableau et des croquis d’un oiseau de l’Ile Maurice, disparu maintenant, le dodo…(on verra ici un tableau et des croquis de Roelandt Savery et de son neveu Jan).

Ci-dessous, un dodo trouvé sur wikipédia

Dodo de l’Ile Maurice

(source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dodo_%28oiseau%29)

Des encyclopédistes, comme Buffon, se sont aussi intéressé au règne animal.

Voici d’ailleurs, pour finir et pour rire un peu, un texte tiré de « Histoire naturelle » qui a quelque peu vieilli :

« Le Chat est un animal domestique infidèle, qu’on ne garde que par nécessité, pour l’opposer à un autre ennemi domestique encore plus incommode et qu’on ne peut chasser : car nous ne comptons pas les gens qui, ayant du goût pour toutes les bêtes, n’élèvent des chats que pour s’en amuser ; l’un est l’usage, l’autre l’abus ; et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l’âge augmente encore et que l’éducation ne fait que masquer. »

Passionnante exposition, à voir absolument. On peut (et il est même conseillé) d’y emmener ses enfants !

du 21 mars au 16 juillet 2012

Galeries nationales du Grand Palais 3, avenue du Général-Eisenhower 75008 Paris Tél : 01 44 13 17 17

Pour marque-pages : Permaliens.

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